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Ituri : plus de 600 miliciens déposent les armes pour rejoindre le programme de démobilisation du gouvernement, avec l’appui de ses partenaires, dont la MONUSCO

Reddition de plus de 500 miliciens, environ 85 armes légères et des munitions récupérées : c’était ce mercredi 15 janvier 2025 à Mabanga dans le territoire de Djugu en Ituri. Le « groupe de défense des communautés victimes de l’Ituri », Zaïre, dont issus ces combattants, entend ainsi prouver sa volonté de rejoindre le processus de paix en cours dans cette province en proie à l’insécurité depuis 2017. Beaucoup veulent y croire, malgré les nombreuses incertitudes.

Dans la province de l’Ituri, à l’est de la République démocratique du Congo, la paix est en marche. Lentement, mais sûrement. Ce mercredi 15 janvier, nouvelle illustration avec la cérémonie de remise volontaire des armes et munitions par le « groupe d’auto-défense » Zaïre, organisée à Mabanga, à 45 km de la ville de Bunia, capitale provinciale.

Ils étaient plus de 500 miliciens de Zaïre, qui préfère qu’on l’appelle « groupe de défense des communautés victimes de l’Ituri », à déposer solennellement leurs armes pour leur démobilisation, et répondre ainsi aux appels du gouvernement, de la MONUSCO, des autorités provinciales, des leaders communautaires et autres chefs coutumiers, à quitter la brousse, pour rejoindre la vie civile.

Parmi les premiers miliciens qui ont déposé leurs armes à Mabanga, « quartier général » du groupe Zaïre, Jeanine Matsisi. Elle vient tout juste de totaliser 40 ans, bien qu’elle paraisse en avoir plus. Visiblement fatiguée de cette vie de milicienne et impatiente de retirer son « treillis militaire » qu’elle feint d’enlever devant nous, elle dit qu’elle a passé 4 années dans ce groupe d’auto-défense.

La paix, soubassement de la démobilisation

Pourquoi a-t-elle décidé de rejoindre ce combat ?

« Mon mari et nos trois enfants avaient été tués par un autre armé. Moi aussi, je voulais tuer la personne qui les avait tués », affirme-t-elle.

Mais en quatre ans de lutte armée, Jeanine affirme n’avoir pas tué personne.

Les atrocités des groupes armés continuent, mais elle déclare avoir fait le choix de la non-violence et de la paix, pour donner une nouvelle orientation à sa vie :

« Notre chef, Baraka, nous a demandé de déposer les armes, et de remettre tous les effets militaires. Mais, nous ne savons pas les raisons de cette injonction que nous avons reçue de notre chef. Toutefois, je suis contente d’abandonner cette vie, pour me consacrer à la prière, cultiver les champs et élever mes deux enfants qui me restent ».

Jeanine fait partie des « combattants » qui ont reçu une formation militaire, mais dont le rôle est d’être les « défenseurs du temple », ces « réservistes » chargés de défendre les villages en cas d’attaques par d’autres groupes armés.

D’autres, à l’instar de David B. Lombu, 26 ans dont quatre dans l’auto-défense, ont réellement pris les armes et combattu au front. Il dit être pour la paix, gage de développement :

« Avant, le processus n’était pas clair, nous trainions les pieds. Aujourd’hui, on y voit un peu clair, nous sommes pour la paix, nous voulons la paix », dit-il, l’air un peu perdu.

Comme ses autres camarades, David ne manque pas de projets et d’ambitions. Il souhaite se lancer dans l’orpaillage, l’activité qu’il menait avant.

« Dès qu’ils désarment, l’armée/ECVA va leur remettre un certificat de désarmement et d’éligibilité au programme de démobilisation. Ils passent à l’identification et orientation. Nos partenaires des Nations unies, de l’Union européenne et du STAR-EST ont disponibilité des fonds, qui vont servir à la prise en charge dans la réinsertion des ex-combattants au sein de la communauté. Après, il y aura une autre étape où une autre équipe du PDDRCS national viendra de Kinshasa pour délivrer la carte de démobilisation, qui fera d’eux des démobilisés », explique Flory Kotoko, le coordonnateur intérimaire du PDDRCS en Ituri.

Il ajoute que « tous vont rentrer dans la vie civile dans un premier temps. Mais, ceux qui veulent servir la nation, pourront rejoindre la RAD, Réserve armée pour la défense ».

Une prise en charge assurée par le gouvernement et ses partenaires

Plus de 200 kits civils ont été offerts par la Section DDRS de la MONUSCO dans le cadre de son appui au Programme de Désabonnement, Démobilisation, Réinsertion communautaire et Stabilisation, PDDRCS. Ils comprennent des habits, sous-vêtements, chaussures, blouses pour femmes, etc.

« Mais des fonds sont disponibles, pour des projets de réinsertion communautaire de ces démobilisés », affirme-t-n du côté de la Section DDR-S de la MONUSCO :

« Nous avons le Fonds de Cohérence pour la Stabilisation dont le Comité Technique provincial de l’Ituri a été mis en place en décembre dernier, ainsi que les projets de Réduction de Violence Communautaire que nous pouvons développés, par le truchement des partenaires de mise en œuvre, pour soutenir le P-DDRCS afin de faciliter la réintégration communautaire de ces ex-combattants et de mettre en place le mécanisme de résilience communautaire. Concrètement, nous sommes en train d’abord de recueillir les attentes des combattants, des jeunes à risque, des femmes ainsi que des autres couches de la communauté ; ensuite, ces attentes seront discutées avec les autres partenaires de stabilisation qui viennent en appui au P-DDRCS pour, enfin, développer des projets multiformes (AGR, THIMO, dialogues, etc.) dont les objectifs majeurs sont la stabilisation de cette partie du Territoire de Djugu longtemps meurtrie par la violence armée et le développement de la résilience communautaire », explique Francois M. de la MONUSCO/DDR-S Bunia.

Ce soir, ces démobilisés vont passer leur première nuit sans être inquiétés, ni inquiéter qui que ce soit. David invite ses anciens camarades encore dans la brousse à lui emboîter le pas :

« Je leur demande de suivre mon exemple. La paix est porteuse de beaucoup de bien, ça va leur permettre de regagner leurs villages et de mener une vie normale. J’ai deux enfants que je n’ai pas vu grandir pendant ces quatre années, je voudrais maintenant me consacrer à leur éducation », déclare-t-il.

Un long processus

Le processus actuel a été initié en 2021, par les autorités congolaises, et bénéficie de l’appui de la communauté internationale, à travers la MONUSCO, l’union européenne, la banque mondiale et d’autres partenaires. Il repose sur deux approches : militaire et non militaire. Six groupes armés ont signé des actes d’engagement de cessation des hostilités dans les Territoires d’Irumu et Djugu : Codeco, MAPI, autodéfense, FRPI, FPIC et Chini ya tuna.

Du 28 mai au 2 juin 2023, s’est tenu à Aru un dialogue réunissant les groupes armés. Celui-ci avait abouti à la signature d’un protocole d’accord regroupant seulement 4 groupes armés, la Codeco, MAPI, FRPI et FPIC. Mais l’absence des groupes d’auto-défense n’avait pas permis une bonne évolution du processus, à cause du manque d’inclusivité.

La cérémonie de ce jour se voulait donc en quelque sorte, comme un gage de bonne volonté de ces groupes d’auto-défense, qui entendent s’inscrire dans cette dynamique de paix. Moyennant toutefois plusieurs conditions, notamment : la reprise par les FARDC des entités sous occupation des (autres) groupes armés, la protection des déplacés de guerre dans les sites, l’implantation de positions militaires entre communautés en conflit…, ou encore la mise en place de programmes de relèvement communautaire pour la prise en charge des démobilisés afin de limiter la délinquance dans la communauté.

Cette cérémonie intervient seulement quelques jours après la sortie du rapport du groupe d’experts des Nations unies, qui épinglait certains leaders de ce groupe armé.

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