Moins de 48 heures après son arrestation, le journaliste Espérant Kasongo, de la chaîne Siloe TV appartenant au chantre et prédicateur Moïse Mbiye, vient d’être transféré à la prison centrale de Makala. Une incarcération fulgurante qui suscite indignation et questionnement sur la liberté de la presse face aux puissances religieuses de plus en plus politisées.
Arrêté lundi dernier vers 17h devant l’hôtel Malebo, à Kintambo-Magasin, Espérant Kasongo est poursuivi sur base d’une plainte déposée par un autre chantre et prédicateur très médiatisé Mike Kalambayi. Ce dernier l’accuse de « injure publique« , « diffamation » et « imputations dommageables« , des infractions couramment utilisées pour bâillonner la presse critique en République démocratique du Congo.
Des hommes de Dieu devenus censeurs ?
Cette affaire illustre une dérive inquiétante dans les milieux religieux. Des figures dites spirituelles, devenues intouchables, usent de leur influence non pas pour prêcher l’amour et le pardon, mais pour traquer, faire interpeller et incarcérer ceux qui osent les critiquer ou révéler certains aspects moins reluisants de leur image publique.
La coïncidence entre la plainte de Mike Kalambayi et l’appartenance du journaliste à une chaîne dirigée par Moïse Mbiye, son rival de toujours dans le milieu gospel, soulève des interrogations sur les véritables motivations de cette procédure judiciaire. Une rivalité entre deux figures évangéliques peut-elle justifier l’emprisonnement expéditif d’un journaliste ? Le parquet de Kalamu, où la plainte a été déposée, reste pour l’instant muet face aux nombreuses sollicitations des médias et défenseurs des droits de l’homme.
Une justice prompte pour les puissants, silencieuse pour les autres
Ce transfert à Makala, sans une procédure transparente et sans que le journaliste ait pu s’exprimer publiquement sur les faits qui lui sont reprochés, fait craindre une justice à deux vitesses. Il est rare de voir des dossiers de journalistes instruits aussi rapidement, sauf lorsqu’un plaignant jouit d’un statut particulier, comme c’est visiblement le cas ici.
Ainsi des voix s’élèvent déjà pour dénoncer cette énième atteinte à la liberté de la presse. Des organisations comme Journaliste en danger (JED) et des collectifs citoyens demandent la libération immédiate d’Espérant Kasongo et rappellent que la plume ne se juge pas avec des menottes, mais avec des arguments.
L’affaire interpelle aussi sur la place de plus en plus ambiguë de certaines figures religieuses dans la société congolaise : hommes de Dieu ou hommes de pouvoir ? Prédicateurs ou persécuteurs ? L’arrestation de Kasongo, en tout cas, pousse à réfléchir sur le prix à payer aujourd’hui pour dire tout haut ce que d’autres voudraient cacher.
Patient Mukuna









