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RDC : un lanceur d’alerte accuse la DGDA d’une fraude douanière massive et dénonce un « pillage organisé » pendant que l’État s’endette

La bombe est politique, financière et institutionnelle. Dans une correspondance au vitriol, Joseph Kitangala Kabala, aviseur et lanceur d’alerte, accuse frontalement la Direction Générale des Douanes et Accises (Direction Générale des Douanes et Accises) d’être au cœur d’un système de fraude douanière massive sur les importations de produits pétroliers dans la zone sud du pays.

Selon lui, il ne s’agit ni d’erreurs techniques ni de simples négligences administratives, mais d’un mécanisme structuré qui prive délibérément le Trésor public de ressources colossales, pendant que l’État multiplie les emprunts pour faire face à ses obligations.

« En réalité, ce n’est pas la zone sud qui doit être enquêtée, c’est la Direction Générale des Douanes et Accises elle-même. Les données sont issues de leur propre système Sydonia. Ils ont tous les tableaux, tous les chiffres, tous les procès-verbaux. La DGDA n’est pas victime de cette fraude, elle en est actrice. Tant qu’elle ne sera pas auditée par des institutions indépendantes, la vérité restera étouffée », écrit Joseph Kitangala.

Au centre des accusations, les importations de produits pétroliers en 2025. Les données officielles du système Sydonia, propriété de la DGDA, indiqueraient que près de 50 % des volumes importés par la voie sud auraient échappé au paiement des droits et taxes. Sur environ deux millions de mètres cubes importés, seule la moitié aurait été régulièrement dédouanée. Une situation qui engagerait directement la responsabilité de la DGDA, notamment dans la province du Haut-Katanga, selon le lanceur d’alerte.

Pour lui, les multiples missions envoyées sur le terrain ne seraient que des opérations de diversion. Joseph Kitangala Kabala appelle à un contrôle indépendant de la DGDA par des institutions telles que la Cour des Comptes, l’Inspection Générale des Finances, le Sénat ou l’Assemblée Nationale. Il affirme détenir des procès-verbaux établissant non seulement la fraude pétrolière, mais aussi une contrebande d’énergie électrique impliquant des entreprises minières et la Société Nationale d’Électricité.

« Pendant que le gouvernement emprunte 70 millions de dollars pour payer les fonctionnaires, des milliards dorment dans les dossiers contentieux que la DGDA refuse de traiter. C’est une trahison envers la République. On préfère contracter des dettes publiques plutôt que de recouvrer l’argent déjà dû par les contrevenants. Qui protège ces opérateurs ? Pourquoi ce silence organisé ? », s’interroge Joseph Kitangala.

L’un des dossiers évoqués concernerait une entreprise minière accusée d’avoir importé frauduleusement de l’énergie électrique depuis la Zambie. Selon le lanceur d’alerte, plus de 60 millions de dollars seraient dus en droits, taxes et amendes transactionnelles. L’affaire aurait été portée devant le Conseil d’État afin d’obtenir l’annulation du procès-verbal constatant l’infraction, une démarche que l’activiste qualifie d’« juridiquement infondée ».

Eu égard à tout ce qui précède, le lanceur d’alerte demande : la suspension du comité de gestion de la DGDA à la douane ; l’annulation des missions d’enquête qu’il juge inefficaces ; la mise en place d’une commission mixte sous la conduite de la Première Ministre et l’obligation pour 27 entreprises importatrices de régulariser immédiatement leur situation.

Au-delà des accusations financières, c’est une crise de gouvernance qui se dessine. La confiance envers l’administration douanière de la République démocratique du Congo est publiquement ébranlée. Pour l’heure, la DGDA n’a pas officiellement réagi à ces déclarations explosives. Mais le débat est désormais lancé : s’agit-il d’allégations isolées ou du révélateur d’un système profondément défaillant ?

Si les accusations de Joseph Kitangala Kabala devaient être établies par des audits indépendants, il ne s’agirait pas d’un simple dysfonctionnement administratif, mais d’un séisme institutionnel. Car au-delà des chiffres, 50 % de volumes non dédouanés, 60 millions de dollars en contentieux, 70 millions empruntés pour assurer la paie, c’est la crédibilité même de l’État qui vacille.

Comment expliquer qu’une régie financière stratégique comme la Direction Générale des Douanes et Accises, censée être le rempart contre la fraude et la contrebande, se retrouve publiquement accusée d’en être le maillon central ? Comment admettre que pendant que la République démocratique du Congo cherche des liquidités sur les marchés, des recettes légalement dues resteraient immobilisées dans des tiroirs administratifs ?

Le scandale, s’il est avéré, dépasse les personnes et les fonctions. Il touche à l’éthique publique, à la gouvernance financière et à la confiance des citoyens. Il pose une question brutale, celle de savoir, qui protège réellement le Trésor public ? Ceux qui dénoncent ou ceux qui administrent ?

À ce stade, le silence officiel pèse lourd. Car face à des accusations aussi graves, l’absence de réaction peut être interprétée comme de l’indifférence ou pire, comme une gêne. L’heure n’est plus aux missions répétitives ni aux circulaires internes. Elle est à la transparence, à l’audit, à la reddition des comptes. Si les faits sont infondés, ils doivent être démontés avec rigueur. S’ils sont établis, les responsabilités doivent être assumées sans complaisance.

Dans tous les cas, une chose est certaine, ce dossier ne se refermera pas sans laisser de traces. Car lorsqu’un État emprunte pendant que des milliards, selon ces allégations, s’évaporent dans l’ombre de ses propres institutions, c’est la République entière qui se retrouve face à son miroir, sommée de choisir entre l’impunité et le sursaut.

Ben AKILI

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