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Tshopo : quatre défenseurs des droits humains poursuivis après un rapport explosif sur l’or et le diamant

Les organisations membres de la société civile dénoncent les menaces dont sont victimes, quatre défenseurs des droits humains poursuivis en justice à la suite de la publication d’un rapport dénonçant l’exploitation illégale de l’or et du diamant. Au cœur de cette offensive judiciaire, la coopérative Comya Don de Dieu, appuyée, selon les organisations signataires, par des autorités locales et des intérêts privés liés au secteur minier.

Le 30 janvier 2026, des citations directes ont été déposées devant le Tribunal de paix Makiso/Kisangani contre Gauthier Kasonya (PELDDH), Léonard Zama (IPDHOR), Kapipa Simplice (PELDDH) et Malindo Fayzon (PELDDH). Les activistes sont poursuivis pour diffamation et imputation dommageable. Deux semaines plus tard, le 14 février, une entreprise chinoise non identifiée a, à son tour, saisi le Parquet près le Tribunal de paix de Kisangani/Kabondo (RMP 3397/24/1/1/wad) contre les mêmes militants. Pour de nombreuses organisations de la société civile, ces poursuites ont tout d’une manœuvre d’intimidation judiciaire, destinée à faire taire les voix critiques qui dénoncent le pillage systématique des ressources naturelles de la région.

À l’origine de la tempête judiciaire, la publication du rapport intitulé « Qui alimente l’exploitation illégale de l’or et du diamant dans la province de la Tshopo ? Défis, impacts et voies de réforme », élaboré par l’Initiative pour la Protection des Droits de l’Homme et la Réinsertion Sociale (IPDHOR) et Patrice Emery Lumumba pour le Développement Communautaire, la Défense et la Promotion des Droits Humains (PELDDH). Le document met à nue des pratiques présumées de fraude, de contrebande et d’exploitation illégale à grande échelle, impliquant des acteurs locaux et des réseaux d’intérêts économiques puissants.

Selon les organisations signataires, l’enquête s’est heurtée à de multiples obstacles avant même sa publication. Les chercheurs affirment avoir sollicité des informations officielles auprès du ministère provincial des Mines, des divisions compétentes et de la DGRPT. Ils disent avoir essuyé un refus catégorique. Plus grave encore, deux enquêteurs à savoir : Gauthier Kasonya et Malindo Fayzon, auraient été agressés dans l’enceinte du ministère par un agent de sécurité, qui aurait déchiré leurs correspondances officielles et leurs vêtements.

Après la diffusion du rapport, les auteurs affirment avoir reçu des appels anonymes, des menaces de mort, des insultes et des intimidations répétées. Ces faits avaient déjà été dénoncés dans un communiqué daté du 10 décembre 2025, signé par 36 organisations de la société civile, ainsi que par plusieurs avocats engagés dans la défense des droits humains. Pour Freddy Kasongo, délégué de la société civile au Comité exécutif de l’ITIE-RDC, « toute tentative de présenter ce rapport comme une attaque ciblée constitue une déformation volontaire de son contenu dans le but d’entraver les efforts de dénonciation et de réforme du secteur minier. Ce document ne vise aucun individu en particulier ; il met en lumière des mécanismes et des dysfonctionnements structurels qui doivent être corrigés si nous voulons sortir du cycle du pillage et de l’impunité ».

Dans la même veine, Donat Kambola, également délégué de la société civile au Comité exécutif de l’ITIE-RDC, estime que « lorsque des membres de la société civile font l’objet de poursuites en raison de leur engagement dans la transparence du secteur extractif, cela va à l’encontre des principes fondamentaux de l’ITIE. La RDC a librement adhéré à ces standards internationaux ; elle ne peut pas, d’un côté, prôner la transparence et, de l’autre, tolérer que ceux qui documentent les irrégularités soient traînés devant les tribunaux ».

Un membre d’une organisation signataire, ayant requis l’anonymat pour des raisons de sécurité, renchérit.

« Ce qui se passe aujourd’hui à la Tshopo dépasse le simple cadre d’un litige pour diffamation. Nous sommes face à une tentative manifeste de faire taire toute voix indépendante qui questionne la gestion des ressources minières. Si ces poursuites prospèrent, c’est un signal extrêmement dangereux qui sera envoyé à tous les défenseurs des droits humains du pays », a-t-il déclaré.

Les organisations signataires dénoncent une atteinte flagrante à la Constitution de 2006 de la République démocratique du Congo, qui garantit la liberté d’expression et le droit à l’information. Elles rappellent également les engagements internationaux du pays en matière de droits humains ainsi que son adhésion aux standards de l’ITIE, fondés sur la transparence, le débat public et l’accès aux données ouvertes. Pour elles, ces poursuites constituent une tentative manifeste de museler la société civile et de dissuader toute enquête indépendante sur l’exploitation des ressources minières dans la province de la Tshopo.

« Qui se cache réellement derrière la coopérative COMYA DON DE DIEU ? », s’interrogent les signataires de la lettre ouverte adressée au ministre d’État, ministre du Plan et président du Comité exécutif de l’ITIE-RDC. La question, lourde de sous-entendus, traduit une inquiétude profonde, celle de voir des intérêts économiques puissants instrumentaliser l’appareil judiciaire pour préserver des pratiques opaques et lucratives.

Au-delà du sort des quatre activistes, cette affaire constitue un véritable test pour l’État de droit en RDC. La capacité des autorités nationales à garantir la sécurité des défenseurs des droits humains et à préserver l’indépendance de la justice est désormais scrutée.

« Nous ne demandons aucun privilège, seulement l’application stricte de la loi et la protection garantie par la Constitution », insiste un représentant de la société civile. « Défendre la transparence et dénoncer l’exploitation illégale des ressources naturelles ne peut pas devenir un crime. Si la justice devient un instrument de représailles, c’est la démocratie elle-même qui vacille ».

Dans une province riche en or et en diamant mais marquée par la pauvreté et le sous-développement, le combat pour la vérité et la transparence ne devrait pas se solder par des convocations judiciaires. Il devrait ouvrir la voie à des réformes courageuses. L’heure est venue de choisir, protéger les intérêts occultes ou défendre les principes démocratiques.

Ben AKILI

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