Une vive polémique secoue le secteur minier après la diffusion de vidéos montrant des échanges tendus entre des autorités politico-militaires et les responsables de la société Ruashi Mining. Dans un communiqué rendu public, Justicia Asbl tire la sonnette d’alarme et évoque de graves entorses au respect des procédures institutionnelles.
Les images devenues virales montrent le ministre délégué en charge des anciens combattants près le ministre de la Défense nationale, Eliezer Tambwe, accompagné du commandant de la 22ᵉ région militaire, le général Eddy Kapend, s’adressant aux responsables de l’entreprise minière dans un ton jugé menaçant par l’ONG.
Au centre de la controverse : le refus présumé d’accès au site minier à la délégation ministérielle. Selon Justicia Asbl, la visite aurait eu lieu sans notification préalable, avec une escorte de plus de 14 véhicules militaires et une surveillance par drones, un dispositif qualifié de disproportionné pour une mission administrative.
Dans son communiqué, l’organisation s’inquiète notamment des propos attribués au général Kapend.
« Dans cette vidéo, on peut clairement entendre le Général Kapend proférer des menaces de fermeture de cette entreprise comme si cela était dans ses attributions, ou que la RDC était une jungle, un pays dans lequel il n’y a que la loi du plus fort qui comptait », peut-on lire dans ce communiqué.

Pour Justicia Asbl, de telles déclarations fragilisent le principe de l’État de droit et jettent un doute sur la sécurité juridique des investissements. Le différend porterait sur une concession qui appartiendrait aux anciens combattants et actuellement exploitée par Ruashi Mining. Le ministre Eliezer Tambwe aurait demandé à l’entreprise de reconnaître les droits d’anciens militaires dont les parcelles auraient été spoliées.
Toutefois, l’ONG rappelle que la société détient un permis d’exploitation depuis 2004 et affirme que, selon les informations en sa possession, les anciens occupants concernés auraient été indemnisés via Standard Bank depuis 2007, dans le cadre d’un processus de délocalisation. Justicia Asbl estime que la démarche adoptée par les autorités ne respecte pas les canaux administratifs appropriés.
« En réalité, le Ministre délégué aux anciens combattants près la défense nationale aurait dû, en conformité de ses attributions gouvernementales, se référer au ministre des Mines ainsi qu’à celui de l’Urbanisme et Habitat pour soulever cette question de l’occupation par une entreprise minière d’une concession qui appartiendrait aux militaires », poursuit son communiqué.
Au-delà de l’incident, l’organisation y voit un problème plus large de gouvernance. Elle rappelle que toute entreprise minière opérant en République démocratique du Congo obtient ses titres à travers les services habilités de l’État, notamment le ministère des Mines.
Si un litige foncier subsiste, soutient-elle, il devrait être examiné dans un cadre institutionnel approprié et non par des pressions publiques. Dans un contexte marqué par d’importants défis sécuritaires et économiques, Justicia Asbl appelle la Première ministre à veiller au strict respect des attributions des membres du gouvernement et à renforcer la cohérence de l’action publique.
Cette affaire ravive ainsi le débat sur la stabilité du climat des affaires et sur la nécessité de consolider l’État de droit dans un secteur minier stratégique pour l’économie nationale.
Emmanuel KAMBA









