Une attaque de drone a visé la ville de Goma tôt ce mercredi vers 4 heures du matin, provoquant la mort de trois personnes dont une expatriée française travaillant pour UNICEF. L’explosion a touché une résidence située dans le quartier Himbi, selon des sources locales.
Le mouvement rebelle Mouvement du 23 mars (AFC/M23), qui contrôle actuellement la ville, a annoncé ce bilan provisoire tout en affirmant que plusieurs autres explosions ont été entendues dans la zone au même moment. L’attaque aurait été menée par drone, un type d’armement utilisé de plus en plus fréquemment dans le conflit qui secoue l’est de la République démocratique du Congo.
La mort d’une humanitaire travaillant pour l’UNICEF soulève de nombreuses interrogations, notamment sur les circonstances exactes de la frappe et les responsabilités éventuelles. Certains observateurs appellent déjà à la prudence face aux accusations circulant dans un contexte de guerre marqué par une forte bataille de communication.
Pour un observateur politique congolais, il est difficile d’imaginer que l’armée congolaise puisse tirer un quelconque bénéfice d’une attaque visant des travailleurs humanitaires.
« Il n’y a aucune utilité légitime pour que les drones des FARDC ciblent volontairement des humanitaires. Dans le contexte actuel de la guerre, il est difficile de comprendre pour quelle raison les FARDC prendraient le risque de cibler des humanitaires ou des agents d’organisations internationales. Une telle action n’apporterait aucun avantage militaire, mais exposerait plutôt l’État congolais à une forte condamnation de la communauté internationale », a-t-il déclaré.

Selon lui, la dimension informationnelle du conflit doit être prise en compte pour comprendre les accusations qui émergent après ce type d’incident.
« Dans les conflits modernes, la guerre ne se mène pas seulement sur le terrain militaire, mais aussi dans l’opinion internationale. Les rebelles du M23 peuvent chercher à provoquer ou instrumentaliser des incidents impliquant des humanitaires afin d’en attribuer la responsabilité au gouvernement et ainsi retourner la perception de la communauté internationale. C’est pourquoi toute accusation dans ce type de situation exige une enquête indépendante et rigoureuse. Dans un environnement marqué par la désinformation et la guerre de communication, la prudence reste essentielle afin d’établir les responsabilités réelles », a-t-il ajouté.
Dans l’immédiat, aucune enquête indépendante n’a encore confirmé l’origine de la frappe. La situation sécuritaire demeure tendue dans l’est du pays, où les affrontements entre les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et le Mouvement du 23 mars se poursuivent autour de plusieurs localités du Nord-Kivu.
La mort d’une humanitaire internationale pourrait accentuer la pression diplomatique pour qu’une enquête rapide et transparente soit menée afin d’établir les faits et d’éviter une nouvelle escalade des tensions.
En attendant que les faits soient établis, cet incident rappelle surtout que la guerre dans l’est de la République démocratique du Congo ne se joue plus uniquement sur le terrain militaire. Entre accusations, contre-accusations et bataille de narration, chaque explosion devient aussi un enjeu politique et diplomatique. Si la responsabilité de la frappe n’est pas rapidement éclaircie par une enquête crédible et indépendante, le drame de Goma risque d’alimenter davantage la guerre de communication qui accompagne le conflit, au détriment de la vérité et de la protection des civils comme des travailleurs humanitaires.
Emmanuel KAMBA









