Après plusieurs semaines de consultations intenses et de spéculations, le président de la République Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo a enfin levé le voile sur la composition tant attendue du gouvernement dirigé par la Première ministre Judith Suminwa Tuluka. Une équipe de 53 membres, qualifiée de « gouvernement d’ouverture », a été rendue publique ce jeudi, dans une ordonnance présidentielle lue par la porte-parole du chef de l’État, Tina Salama.
Une architecture fondée sur l’ouverture et l’équilibre
D’après le texte de l’ordonnance, cette formation gouvernementale résulte de « consultations et autres échanges menés avec les forces vives de la nation », prenant en compte l’équilibre politique, géographique et socio-culturel dans la gestion des affaires publiques. Le chef de l’État a visiblement misé sur un savant dosage, alliant fidélité politique, ouverture à l’opposition, et représentativité régionale et genrée.
Parmi les 18 nouvelles figures qui intègrent l’exécutif, l’entrée la plus marquante est sans conteste celle d’Adolphe Muzito, ancien Premier ministre, désormais nommé Vice-Premier ministre chargé du Budget. Un retour en force pour ce poids lourd politique, longtemps en marge du pouvoir, qui pourrait contribuer à rassurer une partie de l’opinion publique sur la rigueur et l’expérience.
Les poids lourds politiques consolidés
Des figures majeures du précédent gouvernement sont reconduites à des postes stratégiques :
- Jean-Pierre Bemba conserve son influence avec le portefeuille élargi des Transports, voies de communication et désenclavement.
- Eve Bazaiba, reste une figure incontournable, nommée ministre d’État en charge des Affaires sociales.
- Guylain Nyembo, ministre d’État au Plan et Coordination.
- Patrick Muyaya, symbole de la communication nationale, garde la main sur le ministère de la Communication et Médias.
Des technocrates aux postes sensibles
Le gouvernement Suminwa II accueille également plusieurs profils technocratiques à des ministères clés :
- Raïssa Malu, figure du monde éducatif, est reconduite à la tête du ministère de l’Éducation nationale.
- Samuel Roger Kamba garde son poste de la Santé publique, un ministère crucial dans un contexte sanitaire encore fragile.
- Louis Kabamba Watum, expert du secteur extractif, prend les rênes du très stratégique ministère des Mines.
La jeunesse et les femmes davantage représentées
Sous l’impulsion de Judith Suminwa, les femmes occupent une place plus visible, avec des postes de responsabilité : Thérèse Wagner reconduite aux Affaires étrangères, Marie Nyange Ngambo à l’Environnement, ou encore Julie Mbuyi Shiku au Portefeuille.
La jeunesse n’est pas en reste avec Grâce Kutino nommée ministre de la Jeunesse, tandis que José Panda et Augustin Kibassa gardent leurs rôles dans les secteurs de la technologie et du numérique.
La nouveauté des ministres délégués
Autre innovation dans cette composition : l’introduction de ministres délégués, un niveau intermédiaire entre les ministres et les vice-ministres, destiné à alléger les charges et renforcer la spécialisation des politiques publiques. Parmi eux :
- Crispin Bandu auprès des Affaires étrangères, en charge de la Francophonie et de la diaspora,
- Arlette Bahati près du ministre de l’Environnement, dédiée à la nouvelle économie verte,
- Angèle Bangasa auprès de l’Urbanisme, chargée de la politique de la ville.
Un défi de cohérence et d’efficacité
Ce nouveau gouvernement, bien que largement élargi, suscite déjà des attentes fortes dans l’opinion publique. L’équilibre trouvé sera-t-il gage d’efficacité ? La diversité des profils facilitera-t-elle la cohésion de l’action gouvernementale ? La Première ministre Judith Suminwa, première femme à occuper cette fonction en RDC, devra relever un défi immense; réconcilier performance, rigueur, et inclusion dans un pays en quête de stabilité, de justice sociale et de développement équitable.
Le pays retient désormais son souffle, dans l’attente des 100 premiers jours de cette équipe qui devra faire mieux, et plus vite.
Ben AKILI









