Alors que la République démocratique du Congo continue de dépendre massivement des importations alimentaires, Maître Didier Bitaki hausse le ton contre la gestion actuelle du secteur agricole. Dans une interview exclusive accordée à Surveillance.cd, il estime que le pays dispose pourtant de toutes les capacités nécessaires pour atteindre l’autosuffisance alimentaire en un temps relativement court.
Selon lui, les autorités multiplient les annonces sans résultats visibles sur le terrain, malgré les importants moyens financiers mobilisés dans le budget national.
« J’ai suffisamment des connexions pour rendre la RDC autonome en alimentation. Tout est importé aujourd’hui mais en six mois on peut déjà produire ce qui suffirait à la consommation locale et, une année plus tard, commencer même l’exportation. Cela fait une année que Muhindo Nzangi est à la tête de l’Agriculture, mais qu’a produit le pays pour nourrir son peuple et ensuite les pays étrangers ? Il ne fait que parler de relance agricole chaque jour, alors que le maïs prend trois mois, tout comme plusieurs cultures vivrières comme le haricot, la tomate, la pomme de terre ou encore la patate », a déclaré Didier Bitaki.
Cet analyste politique s’interroge également sur l’utilisation des fonds publics alloués au secteur agricole. Il rappelle que près de 600 millions de dollars ont été prévus dans le budget pour soutenir cette filière stratégique, sans que les Congolais n’en ressentent concrètement les effets dans les marchés.
Dans son intervention, Didier Bitaki a aussi dénoncé l’absence d’exploitation efficace des ressources halieutiques du pays, notamment celles du fleuve Congo, qu’il considère comme un potentiel largement sous-exploité.
« Le fleuve Congo est la seule rivière jamais exploitée au monde ; les poissons y meurent de vieillesse. Fallait-il commencer par exploiter l’océan avant le fleuve qui est devant notre nez ? Cinq bateaux de pêche traînent à Moanda depuis quatorze mois maintenant. Combien de kilos de poissons avons-nous produits ? On parle aussi de relancer la riziculture à Bumba depuis une année, mais aucun kilo de riz local n’est visible sur le marché congolais. Le pays a planté combien d’hectares et pour quelle production attendue ? », s’est-il interrogé.
Au-delà des critiques, Didier Bitaki estime que la stabilité politique et institutionnelle de la RDC dépendra principalement de deux secteurs : l’agriculture et la défense. Pour lui, un État ne peut exister durablement sans sécurité alimentaire ni protection efficace de sa population.
Il affirme ainsi que le président Félix Tshisekedi devrait concentrer ses efforts sur ces priorités s’il veut consolider son pouvoir et répondre durablement aux attentes de la population congolaise.
« Il ne saurait exister un État sans garantie alimentaire, ni un peuple sans nourriture », a-t-il insisté, avant de se porter candidat pour contribuer à la réforme de l’un de ces deux secteurs « par souci d’aider le pays à se relever ».
En filigrane de cette sortie médiatique, Didier Bitaki laisse entendre que le véritable problème ne résiderait pas uniquement dans la vision du chef de l’État, mais davantage dans l’absence d’engagement réel de certains responsables chargés de concrétiser cette vision sur le terrain.
Selon lui, le président Félix Tshisekedi affiche une volonté manifeste d’améliorer les conditions de vie des Congolais, notamment à travers l’agriculture et la sécurité alimentaire, mais plusieurs acteurs de son entourage politique et institutionnel freineraient cette dynamique par manque de résultats, d’initiatives ou de volonté d’exécution.
Une situation qui, estime-t-il, risque d’éloigner davantage la population des promesses de développement pourtant régulièrement annoncées au sommet de l’État.
Maxime MBUMBA









