Dans la province du Lualaba plus précisément à Fungurume, la tension monte autour du conflit opposant la communauté de Kabombwa à l’entreprise minière Tenke Fungurume Mining (TFM). Dans une lettre ouverte adressée à la Première ministre et cheffe du gouvernement de la République démocratique du Congo, plusieurs organisations de la société civile actives dans les secteurs des droits humains, de la gouvernance des ressources naturelles et du secteur extractif dénoncent une situation qu’elles jugent « alarmante » et appellent à une intervention urgente des autorités.
Les organisations signataires accusent TFM d’avoir conduit un processus de délocalisation « opaque » et « contraire aux normes nationales et internationales » concernant près de 900 ménages du village Kabombwa, affectés par la pollution attribuée à l’usine à chaux de l’entreprise minière. Selon elles, plusieurs familles déplacées n’auraient reçu que des compensations insuffisantes, sans garanties d’une réinstallation digne et durable.
« Comment comprendre que des citoyens congolais soient réduits et contraints à vivre comme des passagers et des étrangers sur leur propre terre, et jusqu’à quand cette situation inacceptable et intenable va-t-elle durer ? Aucun projet économique ne peut se développer au détriment des droits fondamentaux des populations. La RDC, à travers sa Constitution, son Code minier et ses engagements internationaux, garantit pourtant la protection des communautés affectées, le respect des droits humains, le droit à un procès équitable et le dialogue social », écrivent les organisations de la société civile dans leur correspondance adressée au gouvernement.
Au-delà de la question foncière, les ONG évoquent également de graves préoccupations environnementales et sanitaires. Elles affirment que plusieurs cas de pollution de l’air, de l’eau et des sols liés aux activités minières de TFM ont été documentés par différentes structures indépendantes, avec des conséquences directes sur la santé des populations locales.
Face à l’absence de réponses jugées satisfaisantes de la part des autorités et de l’entreprise, certaines familles déplacées auraient décidé de retourner sur le site de Kabombwa le 20 avril 2026, faute de solutions viables. Cette décision aurait entraîné une montée des tensions.
Le 1er mai 2026, onze personnes issues de la communauté de Kabombwa ont été arrêtées à la suite d’une plainte déposée par TFM. Trois d’entre elles ont depuis été libérées, mais huit autres dont sept hommes et une femme restent détenues au cachot du parquet près le tribunal de paix de Fungurume.
Les organisations de la société civile dénoncent des arrestations qu’elles considèrent comme symptomatiques d’un climat d’intimidation et de répression.
« Cette situation suscite de vives inquiétudes en raison des allégations d’usage excessif de la force, d’intimidation et des nombreuses contestations autour de la procédure judiciaire. La paix sociale et la confiance entre les acteurs ne peuvent être garanties sans justice, transparence et respect des droits humains. Une approche fondée sur le dialogue et le respect des droits fondamentaux permettra d’éviter l’aggravation de la crise et de restaurer un climat de confiance », alertent-elles.
Dans leur lettre, les ONG demandent notamment au gouvernement congolais d’œuvrer à la libération des huit membres de Kabombwa encore détenus, de favoriser une désescalade immédiate des tensions et de mettre en place un cadre de dialogue inclusif entre les autorités, l’entreprise minière, les communautés locales et la société civile.
Elles appellent également à une mission indépendante d’évaluation du processus de réinstallation et des compensations accordées aux familles affectées, tout en plaidant pour une réforme des mécanismes de gestion des délocalisations dans le secteur minier afin de renforcer la transparence et la participation citoyenne.
Cette nouvelle crise à Fungurume relance le débat sur la gouvernance du secteur extractif en République démocratique du Congo et sur la responsabilité sociale et environnementale des entreprises minières opérant dans le pays.
Ben AKILI









