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RDC : Jonas Tshiombela dénonce une “injustice institutionnalisée” au sein du Barreau

L’avocat du peuple, Jonas Tshiombela, tire la sonnette d’alarme. Dans une tribune intitulée «Quand l’injustice s’invite au Temple de la Justice», le président de la Nouvelle Société Civile Congolaise dénonce avec véhémence ce qu’il qualifie de “guerre silencieuse et inacceptable” menée contre de jeunes diplômés de droit issus d’universités pourtant reconnues par l’État congolais.

Pour lui, le refus de certains barreaux notamment ceux de Kinshasa de reconnaître les diplômes délivrés par plusieurs institutions universitaires officiellement homologuées par le ministère de l’Enseignement supérieur et universitaire constitue une atteinte grave au principe sacré de l’égalité devant la loi.

« Comment comprendre qu’un diplôme reconnu par l’État et accepté dans la magistrature soit soudainement disqualifié lorsqu’il s’agit d’intégrer le barreau ? » s’interroge Tshiombela, car pendant que ces mêmes diplômes ouvrent les portes de la magistrature, ils deviennent brusquement suspects lorsqu’un jeune juriste ambitionne d’embrasser la carrière d’avocat.

Une contradiction que Jonas Tshiombela juge absurde et dangereuse.

Poussant plus loin son indignation, il souligne l’ironie d’une situation où des avocats issus de barreaux “sélectifs” plaident devant des magistrats formés dans les universités qu’ils jugent, eux, non crédibles.

« Ces magistrats et ces avocats ont parfois eu les mêmes professeurs, suivi les mêmes cours, obtenu les mêmes notes et appartiennent à la même promotion universitaire. Où est la cohérence ? Où est la justice ? » tonne-t-il.

“Une méchanceté institutionnelle” qui menace la cohésion du système judiciairePour Jonas Tshiombela, il ne s’agit pas d’un simple débat administratif, mais bien d’une discrimination institutionnalisée et d’une volonté manifeste d’exclusion.

« On crée artificiellement une hiérarchie entre les diplômes au sein d’un même système universitaire national. On oppose les jeunes entre eux. On décourage ceux qui ont cru en la valeur de leur formation et en la promesse de l’État », dénonce-t-il avec colère.

Cette politique de fermeture, estime-t-il, met en péril la cohésion du système judiciaire, mine la confiance des citoyens dans la justice et fragilise la paix sociale.

Tshiombela appelle à une réforme urgente et courageuse du système de recrutement dans les barreaux.Il exhorte le ministère de la Justice à reprendre la main sur l’organisation des admissions afin de garantir l’égalité de traitement, la transparence et la fin des exclusions arbitraires. « Le Barreau n’est pas un État dans l’État », martèle-t-il.

Selon lui, refuser à des avocats des barreaux provinciaux de comparaître à Kinshasa, ou leur interdire des inscriptions complémentaires sous prétexte qu’ils ne proviennent pas des “universités traditionnelles”, relève d’un mépris injustifiable envers des citoyens formés légalement.

« Le Gouvernement congolais serait-il en train d’escroquer sa propre population en autorisant la création d’universités dont les diplômes seraient finalement sans valeur ? »

Restaurer la justice dans la maison du droit

Pour l’avocat du peuple, la justice congolaise risque de perdre son âme si de telles inégalités perdurent.

« On ne peut pas rendre justice en s’appuyant sur l’injustice », avertit-il, estimant que l’avocature doit rester une profession de liberté, de compétence et de responsabilité, non un club fermé réservé à quelques privilégiés.

Jonas Tshiombela conclut sur une note d’espoir, mais aussi d’avertissement.

« Le temps est venu de restaurer la cohérence, la dignité et la justice dans la maison du droit. Le Congo mérite une avocature ouverte, juste et cohérente un barreau pour le Congo, pas contre les Congolais », a-t-il ajouté.

Au fond, ce n’est pas seulement une bataille pour des diplômes, mais pour l’âme même de la justice congolaise. Car lorsque le droit devient un privilège et non un principe, lorsque l’injustice se cache derrière la toge, c’est tout l’édifice judiciaire qui vacille. Et si le barreau ne se réforme pas, alors il cessera d’être la maison du droit pour devenir celle du déni.

Patient Mukuna

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