Une nouvelle enquête de l’Institut National de la Statistique (INS) révèle l’ampleur alarmante de la pauvreté en République démocratique du Congo. Malgré ses immenses ressources naturelles, le pays voit plus des deux tiers de sa population lutter chaque jour pour satisfaire ses besoins les plus élémentaires.
Selon les données couvrant la période 2024-2025, plus de 64 millions de Congolais, sur une population estimée à 94 millions d’habitants, vivent sous le seuil de pauvreté. Ce seuil est fixé à 5 680 francs congolais (FC) par jour à peine de quoi se nourrir, se loger et accéder aux soins de base. Au-delà du nombre, c’est la profondeur de la pauvreté qui inquiète. L’écart moyen entre les revenus des ménages les plus démunis et le seuil minimum atteint 42 %. En clair, des millions de familles vivent très loin du minimum vital, rendant toute sortie de la précarité extrêmement difficile sans intervention extérieure.
La fracture sociale est particulièrement marquée entre villes et campagnes. Sept pauvres sur dix vivent en milieu rural. Dans les villages, le revenu quotidien moyen plafonne à 4 800 FC, contre 6 800 FC dans les centres urbains. L’isolement géographique, l’insuffisance des infrastructures routières et le faible accès à l’électricité limitent les opportunités économiques dans les zones rurales. Résultat : l’accès aux soins de santé de qualité, à l’éducation et aux marchés demeure un luxe pour des millions de familles.
L’étude met également en lumière une géographie de la pauvreté contrastée. À Kinshasa, bien que plus de la moitié des habitants vivent encore sous le seuil de pauvreté, la situation reste relativement moins dramatique comparée au reste du pays. Les provinces à forte activité minière ou portuaire, comme le Kongo Central, le Lualaba et le Haut-Katanga, affichent des taux de pauvreté oscillant entre 60 % et 70 %.
En revanche, dans plusieurs provinces du centre et de l’est, plus de 70 % de la population vit dans une extrême précarité, illustrant une inégalité territoriale persistante.
Pour réduire significativement la pauvreté, l’INS estime qu’un transfert quotidien de 2 400 FC par personne serait nécessaire afin de permettre aux ménages les plus pauvres d’atteindre le seuil de subsistance. Ce chiffre souligne l’ampleur du défi budgétaire pour l’État congolais et ses partenaires internationaux. La mise en place de véritables filets de sécurité sociale et de mécanismes de redistribution efficaces apparaît comme une urgence nationale.
Ce rapport de l’INS ne se limite pas à un simple constat statistique. Il constitue un outil stratégique pour orienter les politiques publiques vers les zones les plus vulnérables et les secteurs à fort impact social. Dans un pays souvent cité pour son potentiel minier et énergétique, l’enjeu est celui de convertir la croissance économique en amélioration tangible du pouvoir d’achat et des conditions de vie des Congolais.
La lutte contre la pauvreté en RDC ne pourra aboutir sans une gouvernance renforcée, une réduction des inégalités de revenus et une politique sociale ambitieuse. Pour des millions de citoyens, il ne s’agit plus de promesses, mais d’une question de survie quotidienne.
Guyvenant Misenge









