Le malaise politique qui couvait au sommet de la province du Kasai-Oriental éclate désormais au grand jour. Dans une lettre au ton grave et inhabituellement direct, le vice-gouverneur Augustin Kayemba Mulemena a publiquement dénoncé sa mise à l’écart par le gouverneur Jean-Paul Mbwebwa Kapo, révélant une profonde crise de gouvernance au sein de l’exécutif provincial.
À travers des propos lourds de frustration et de désillusion, le numéro deux de la province accuse son titulaire de gérer seul les affaires publiques, sans concertation ni collaboration institutionnelle. Une dénonciation qui intervient dans un contexte où le Kasai-Oriental continue de faire face à d’énormes défis socio-économiques malgré son poids historique et politique dans l’espace kasaïen.
« Depuis que nous avons commencé le travail, vous m’avez écarté et vous ne m’impliquez pas dans la gestion concertée de la Province ; alors que je suis votre colistier prouvé. J’apprends tout ce qui se passe dans la gestion de la Province comme tout le monde. Pourtant, nous avons reçu le mandat du peuple pour travailler ensemble et apporter des solutions aux problèmes de nos populations », a écrit Augustin Kayemba Mulemena.

Dans cette lettre qui sonne comme un cri d’alarme politique, le vice-gouverneur dénonce également ce qu’il considère comme une confiscation du pouvoir provincial par un cercle restreint, au détriment du fonctionnement normal des institutions.
« Il est difficile de continuer à porter une responsabilité sans être associé aux décisions stratégiques de la Province. Le peuple nous observe et attend des résultats concrets. Mais comment répondre aux attentes de la population lorsque certaines décisions sont prises dans l’opacité, sans échanges ni coordination entre les animateurs de l’exécutif provincial ? », a-t-il martelé avec amertume.
Une province prisonnière des rivalités politiques
Cette sortie fracassante met une nouvelle fois en lumière les fractures internes qui minent plusieurs institutions provinciales en République démocratique du Congo. Au Kasai-Oriental, les tensions entre gouverneur et vice-gouverneur traduisent une gouvernance souvent caractérisée par des conflits d’ego, des luttes d’influence et l’absence d’une vision commune de développement.
Pour de nombreux observateurs, cette crise institutionnelle n’est que la conséquence visible d’un problème plus profond, le déficit chronique de leadership ambitieux et structurant dans cette province pourtant stratégique. Depuis l’arrivée au pouvoir du président Félix Tshisekedi, plusieurs attentes étaient nées dans l’espace kasaïen, considéré comme bastion politique du chef de l’État. Beaucoup espéraient une accélération du développement des infrastructures, une modernisation de l’administration provinciale ainsi qu’une gouvernance plus cohérente.
Mais sur le terrain, le constat demeure amer. Chômage massif des jeunes, pauvreté persistante, conflits politiques récurrents et faible attractivité économique continuent de freiner l’émergence du Kasai-Oriental. Les rivalités internes au sein des institutions provinciales donnent souvent l’impression que les batailles politiques prennent le dessus sur les priorités sociales.
Le paradoxe du bastion politique de Tshisekedi
Le paradoxe est d’autant plus frappant que cette province reste symboliquement liée à l’histoire politique de la famille Tshisekedi. Pourtant, malgré cette proximité politique avec le pouvoir central, le Kasaï-Oriental peine toujours à se transformer en véritable pôle de développement.
Plusieurs analystes estiment que le problème ne réside pas uniquement dans les moyens financiers, mais surtout dans l’absence d’un leadership rassembleur capable de fédérer les énergies autour d’une vision commune. Au lieu d’une gouvernance tournée vers les réformes et les résultats, la province semble régulièrement engloutie dans des querelles internes et des affrontements politiques qui paralysent l’action publique.
La sortie d’Augustin Kayemba Mulemena agit ainsi comme un révélateur brutal d’un malaise institutionnel profond. Derrière les accusations de marginalisation, c’est toute la question de la gouvernance provinciale qui est posée. Ccomment développer une province lorsque ses principaux animateurs ne parlent plus le même langage ?
Dans une province où la population réclame des routes, de l’emploi, de l’électricité et des infrastructures modernes, cette guerre froide au sommet de l’exécutif provincial risque d’alimenter davantage la désillusion populaire. Car pendant que les dirigeants se disputent les leviers du pouvoir, le Kasaï Oriental continue, lui, d’attendre le décollage promis depuis des années.
Patient MUKUNA









