L’opposition congolaise tente de reprendre la rue. Mais le rapport de force semble avoir changé. Après l’adoption à l’Assemblée nationale de la proposition de loi sur l’organisation du référendum, plusieurs figures politiques hostiles à une éventuelle révision constitutionnelle ont lancé un appel à une journée « ville morte » prévue le mercredi 3 juin.
Réunis autour de leur coalition attachée au respect de la Constitution, les opposants invoquent l’article 64 de la Constitution pour appeler la population à « faire échec à toute prise illégale du pouvoir » et à défendre l’ordre constitutionnel.
Dans une déclaration au ton offensif, les initiateurs de cette mobilisation demandent aux Congolais de rester chez eux afin de manifester leur rejet du projet de réforme constitutionnelle attribué au pouvoir en place.
« Ce n’est pas le combat du C64 contre M. Tshilombo, c’est le combat de la nation et de la République contre la tyrannie et la dictature », ont-ils déclaré, promettant « d’affronter ce pouvoir à mains nues ».
Mais derrière cette rhétorique de résistance, plusieurs observateurs voient surtout le signe d’une opposition affaiblie, incapable jusqu’ici de bloquer les réformes institutionnelles engagées par la majorité.
Pendant que les opposants multiplient les déclarations, le camp au pouvoir avance méthodiquement. La loi sur le référendum a franchi une étape décisive au Parlement sans véritable obstacle politique majeur. Une situation qui contraste fortement avec les années 2014-2015, lorsque l’UDPS et les mouvements citoyens avaient réussi à faire reculer le régime de Joseph Kabila sur plusieurs dossiers sensibles, notamment la loi électorale liée au recensement.
À l’époque, la rue faisait trembler le pouvoir. Aujourd’hui, elle semble hésiter à suivre les mots d’ordre de l’opposition. Un observateur averti résume cette évolution avec une formule particulièrement cinglante.
« Sous Tshisekedi, la loi sur le référendum qui ouvre la voie au changement de la Constitution est en train de passer comme une lettre à la poste alors qu’en 2015 sous Kabila, la loi sur le recensement de la population qui conditionnait la tenue de la présidentielle était bloquée par l’opposition. Après avoir perdu le combat au Parlement, l’opposition se retrouve dans la résidence de Martin Fayulu en plein centre-ville de la Gombe loin de la population pour menacer le régime Tshisekedi avec des petites déclarations tapageuses », a-t-il écrit.
Cette comparaison revient avec insistance dans les débats politiques à Kinshasa. Car au-delà du contenu même des réformes, c’est la capacité de mobilisation de l’opposition qui est désormais questionnée. L’actuelle opposition peine à transformer ses dénonciations en véritable pression populaire. Là où l’UDPS de l’époque savait mêler colère sociale, implantation populaire et stratégie de terrain, les adversaires actuels du pouvoir donnent parfois l’image d’un front dispersé, plus audible dans les conférences de presse que dans les quartiers populaires.
Le contraste est brutal. Hier, l’opposition paralysait le pays ; aujourd’hui, elle appelle à la paralysie sans garantie d’être suivie. Dans les états-majors politiques, certains redoutent déjà que l’échec éventuel de la ville morte du 3 juin ne fragilise davantage une opposition qui peine à imposer un rapport de force face à une majorité parlementaire solide et disciplinée.
Reste désormais une question brutale mais incontournable. L’opposition actuelle dispose-t-elle encore de la rue ou seulement du micro ? Car pendant que les appels à la résistance se multiplient, les réformes avancent, les lois sont votées et la majorité consolide son emprise institutionnelle. En politique, la capacité de nuisance fait souvent la force de l’opposition. Or, jusqu’ici, aucun sit-in massif, aucune mobilisation populaire d’envergure, aucune pression de rue comparable à celle de 2015 n’a véritablement freiné le pouvoir en place.
Le contraste est saisissant. Hier, l’UDPS transformait chaque tension politique en soulèvement populaire ; aujourd’hui, ceux qui dénoncent la dérive constitutionnelle peinent encore à transformer leurs discours en démonstration de force. Le 3 juin pourrait donc être plus qu’une simple journée ville morte, un test grandeur nature de la crédibilité réelle de l’opposition congolaise.
Ben AKILI









