Longtemps considéré comme une simple matière première indispensable à l’industrie moderne, le cobalt est désormais au cœur d’une bataille stratégique mondiale. C’est l’un des principaux enseignements du rapport 2025 du Cobalt Institute, un document de 83 pages qui met en lumière la place centrale occupée par la République démocratique du Congo dans les équilibres économiques, industriels et géopolitiques de demain.
Selon ce rapport, la demande mondiale de cobalt a poursuivi sa progression en 2025 pour atteindre 276 000 tonnes, soit une hausse de 13 % par rapport à l’année précédente. Cette croissance est principalement tirée par le secteur des batteries, notamment celles destinées aux véhicules électriques, qui représentent à elles seules 39 % de la demande mondiale.
Au-delà de la transition énergétique, le cobalt s’impose également comme un minerai stratégique pour les industries de défense, l’aérospatiale, les technologies avancées et la sécurité nationale. Le rapport souligne ainsi que les applications militaires, les superalliages et les aimants renforcent davantage l’importance géopolitique de ce métal critique.
La RDC demeure le géant incontesté du marché mondial. En 2025, le pays a assuré 73 % de la production minière mondiale de cobalt, confirmant son statut de premier producteur de la planète. Toutefois, l’année écoulée a été marquée par une décision majeure des autorités congolaises : l’instauration d’une interdiction des exportations de cobalt en février 2025, remplacée par la suite par un système de quotas qui devrait s’étendre jusqu’en 2027. Pour les auteurs du rapport, cette mesure a profondément modifié les règles du jeu du marché mondial.
« Cela a marqué un changement fondamental dans la dynamique du marché, la disponibilité étant de plus en plus déterminée par la politique plutôt que par les niveaux de production », souligne le document.
Cette intervention a eu des conséquences immédiates sur les prix internationaux. L’hydroxyde de cobalt a enregistré une hausse spectaculaire de plus de 300 %, tandis que le sulfate de cobalt et le cobalt métal ont respectivement progressé de 266 % et 130 %. Selon le rapport, ces augmentations ont été davantage provoquées par les restrictions d’offre et les incertitudes réglementaires que par une explosion de la demande mondiale.
Le document met également en évidence la montée en puissance de l’Indonésie, devenue en 2025 le principal fournisseur effectif du marché mondial grâce à une production qui a dépassé les exportations congolaises. Le pays d’Asie du Sud-Est devrait d’ailleurs constituer la principale source de croissance de l’offre mondiale au cours des prochaines années.
Dans le même temps, la rivalité entre les États-Unis, la Chine et l’Union européenne pour sécuriser l’accès aux minerais stratégiques s’intensifie. Le rapport estime que le cobalt est désormais au croisement de plusieurs enjeux majeurs : transition énergétique, souveraineté industrielle et sécurité nationale.
« Les interventions politiques, la concentration de l’offre et les dynamiques géopolitiques sont désormais les principaux moteurs des résultats du marché », avertit Cobalt Institute, qui voit dans cette évolution un facteur croissant de volatilité mais aussi de repositionnement stratégique des États.
Malgré les incertitudes, les perspectives à long terme restent favorables. La demande mondiale devrait continuer de croître sous l’effet de l’essor des véhicules électriques, des besoins énergétiques et des applications industrielles de haute technologie.
Avec près des trois quarts de la production mondiale entre ses mains, la RDC ne se contente plus d’extraire du cobalt, elle influence désormais les équilibres du marché mondial. Une réalité qui confirme que le sous-sol congolais demeure l’un des leviers les plus puissants de la nouvelle géopolitique des minerais stratégiques.
Ben AKILI









