La bataille mondiale pour le cobalt, le cuivre, le lithium et les terres rares franchit un nouveau cap. Confrontée à la montée des tensions géopolitiques et aux incertitudes qui pèsent sur ses approvisionnements, la Chine a choisi de reprendre le contrôle direct de ses investissements miniers à l’étranger. Une décision stratégique qui confirme que les ressources naturelles sont devenues un enjeu de puissance nationale et de souveraineté économique. Pour la RDC, acteur incontournable du marché mondial du cobalt, le signal envoyé par Pékin est loin d’être anodin.
Cette réorientation découle de l’entrée en vigueur du nouveau règlement d’application de la Loi chinoise sur les ressources minérales. Derrière cette réforme se cache une préoccupation devenue centrale pour les autorités chinoises : protéger l’accès du pays aux ressources indispensables à son industrie, dans un contexte marqué par une montée des tensions géopolitiques et une compétition internationale de plus en plus agressive autour des minerais critiques.
Pour concrétiser cette nouvelle vision, Pékin a confié un rôle clé à Guangyan International, une entreprise publique créée en 2024 et dotée d’un capital de 60 milliards de yuans, soit près de 9 milliards de dollars américains. Cette société aura pour mission d’accompagner, coordonner et parfois cofinancer les investissements miniers chinois à travers le monde, en étroite collaboration avec la Commission nationale du développement et de la réforme (NDRC), principal organe de planification économique du pays.
L’objectif est clair, mettre fin à la dispersion des initiatives, renforcer le contrôle stratégique des projets à l’étranger et réduire l’exposition des entreprises chinoises aux risques politiques, réglementaires et géostratégiques qui se multiplient dans plusieurs régions du monde.
Cette décision intervient alors que les investissements chinois dans certains pays riches en ressources naturelles ont été confrontés à des défis majeurs. En RDC, au Zimbabwe ou encore en Indonésie, les gouvernements cherchent de plus en plus à renégocier les conditions d’exploitation de leurs ressources, à accroître la transformation locale des minerais et à obtenir une meilleure redistribution des revenus générés par l’activité minière. Dans le même temps, les États-Unis et leurs alliés multiplient les initiatives pour réduire leur dépendance vis-à-vis des chaînes d’approvisionnement dominées par la Chine.
Face à cette nouvelle réalité, Pékin semble avoir tiré une conclusion simple, les minerais stratégiques sont désormais une question de sécurité nationale. Le cobalt, le cuivre, le lithium ou encore les terres rares ne sont plus seulement des matières premières ; ils sont devenus des instruments de puissance économique, industrielle et technologique.
Pour la République démocratique du Congo, qui détient les plus importantes réserves mondiales de cobalt et figure parmi les principaux producteurs de cuivre, cette évolution mérite une attention particulière. Elle confirme que les investissements chinois ne relèvent plus uniquement d’une logique commerciale, mais s’inscrivent désormais dans une stratégie étatique globale visant à sécuriser durablement l’approvisionnement de la deuxième puissance économique mondiale.
La création de ce mécanisme de supervision constitue ainsi la réponse de Pékin à un environnement international devenu plus hostile, plus compétitif et plus imprévisible. Elle révèle surtout que la bataille pour le contrôle des minerais stratégiques est entrée dans une nouvelle phase, où les États prennent progressivement le relais des entreprises pour défendre leurs intérêts économiques.
Ben AKILI









