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« L’État dans l’État » : Kabila au cœur d’un empire occulte au sein de l’économie congolaise

Des documents explosifs mettent en lumière un vaste réseau de sociétés-écrans contrôlées en coulisses par l’ancien président Joseph Kabila, avec la complicité active d’une femme d’affaires italienne. Le pillage des ressources naturelles de la RDC prend ainsi un visage familier.

La règle d’or : un quart pour Kabila

C’est une règle tacite, mais systématique : 25 % pour Kabila. Partout, toujours. Ce principe non écrit aurait été appliqué pendant des années par Fortunata Ciaparrone, une femme d’affaires italienne bien introduite à Kinshasa. Il s’agirait du code interne d’un système opaque, orchestré par l’ancien chef de l’État congolais pour dissimuler sa fortune à travers un réseau tentaculaire d’entreprises opérant dans les secteurs minier, pétrolier et industriel.

Dans une série de vidéos rendues publiques, Ciaparrone reconnaît avoir agi comme prête-nom de Kabila. « En réalité, 25 % revient à Kabila », déclare-t-elle, en citant plusieurs entreprises stratégiques comme SOGEMIP, CIIG, SOTEXKI ou Texico, toutes actives dans des secteurs clés de l’économie congolaise.

Montages-éclairs et blanchiment de fonds

Le mode opératoire est bien rôdé : une société entre dans un partenariat, en ressort aussitôt. Objectif : faire transiter et blanchir des fonds. « SOGEMIP est entrée, et le même jour, elle est sortie. Elle a vendu ses 35 % de LIU Resources pour 8 millions de dollars », confie Ciaparrone dans l’un des enregistrements.

Ce type de manœuvre rappelle les techniques mises au jour par l’enquête Congo Hold-Up, qui avait révélé l’implication de la banque BGFI dans le détournement de plus de 140 millions de dollars vers des entités proches de la famille Kabila.

SOGEMIP, fleuron stratégique et pompe à cash

Contrairement à une coquille vide, SOGEMIP détient des actifs d’une importance capitale. Elle contrôle notamment plusieurs blocs pétroliers (Yema, Ndunda, Makanzi), en partenariat avec des majors comme PERENCO ou ENI. Les réserves de ces blocs sont estimées à plus de 2,9 milliards de barils, représentant une valeur potentielle de 15 milliards de dollars.

Mais ce n’est pas tout. SOGEMIP possède également des actifs miniers de premier plan, notamment dans le cobalt, le cuivre et le lithium, situés au cœur de la région du Lualaba, cruciale pour l’approvisionnement mondial en minerais critiques à la transition énergétique.

Silences complices et protection armée

Malgré la gravité des révélations et la présence d’enregistrements accablants, aucune enquête judiciaire sérieuse n’a été ouverte à ce jour en République démocratique du Congo. Le silence des institutions interroge. Pire encore, certaines sources affirment que Joseph Kabila résiderait désormais dans l’Est du pays, protégé par des éléments du M23, qu’il financerait en partie grâce aux fonds issus de ce réseau mafieux.

Un tournant pour la justice congolaise et la communauté internationale

Jusqu’où ira l’impunité ? Face à l’ampleur des révélations, la communauté internationale bailleurs, institutions multilatérales, partenaires économiques — ne peut plus détourner le regard. La RDC a plus que jamais besoin d’une réforme structurelle de l’État, et d’une lutte résolue contre les biens mal acquis.

Privé de ses richesses depuis des décennies, le peuple congolais attend des réponses. Ces révélations marqueront-elles le début d’un véritable changement, ou resteront-elles un chapitre de plus dans le livre noir de la corruption congolaise ?

Mediapart via Surveillance.cd

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