Le feuilleton judiciaire autour de l’ancien ministre de la Justice, Constant Mutamba, revient ce mercredi devant la Cour de cassation. L’ancien ministre d’État est poursuivi pour détournement présumé de fonds publics, dans un dossier qui mêle enjeux judiciaires, intérêts politiques et soupçons de manipulation.
Lors de la première audience, les avocats de la défense avaient obtenu un report de la procédure. En cause, le besoin de temps pour examiner les pièces du dossier jugées volumineuses, et préparer une riposte judiciaire face aux graves accusations formulées par le parquet. La Cour avait accédé à cette requête, renvoyant l’affaire à ce mercredi 23 juillet.
Au centre de ce procès, un projet de construction d’une prison moderne à Kisangani, initié par Constant Mutamba lorsqu’il était à la tête du ministère de la Justice. Le projet, qui devait selon ses propos, moderniser le système carcéral congolais, est aujourd’hui présenté par le parquet général comme une façade pour détourner 19 millions de dollars américains.
Le hic, selon les autorités judiciaires, ces fonds étaient initialement alloués à l’indemnisation des victimes de la guerre des Six Jours à Kisangani, une tragédie meurtrière ayant opposé armées rwandaises et ougandaises sur le sol congolais entre le 5 et 10 juin, 2000.
Autre élément troublant dans ce dossier est que la société Zion Construction, chargée d’exécuter les travaux, est accusée d’être une coquille vide.
« Zion Construction n’a jamais construit, même pas une cabane », avait déclaré le procureur à l’audience précédente, laissant entendre que cette société serait juridiquement inexistante et créée de toutes pièces pour couvrir un détournement.
Face à ces accusations, Constant Mutamba rejette tout en bloc. Il affirme être victime d’un complot politique orchestré par des adversaires hostiles à ses réformes dans le secteur judiciaire. Dans sa lettre de démission adressée au président de la République, il avait écrit :
« Je vous remets ce jour, non sans regret, ma démission pour faire face à ce complot politique. »
Son parti, la Nouvelle Génération pour l’Émergence du Congo (NOGEC), soutient cette version, dénonçant une justice instrumentalisée à des fins politiques.
Enjeux politiques et réformes contrariées
Constant Mutamba, figure montante de la scène politique congolaise, s’était illustré par une série d’initiatives controversées, notamment sur la réorganisation de la magistrature et la lutte contre la corruption dans le secteur judiciaire. Des réformes qui, selon ses proches, lui auraient attiré de puissantes inimitiés au sein du pouvoir judiciaire.
Alors que la Cour de cassation s’apprête à examiner les premières lignes de fond du dossier, l’opinion nationale reste partagée. Les partisans de Mutamba dénoncent une chasse aux sorcières, tandis que les défenseurs de la transparence exigent des comptes clairs sur l’utilisation des deniers publics.
La suite de ce procès s’annonce décisif, non seulement pour l’avenir politique de Constant Mutamba, mais aussi pour l’image de la justice congolaise, toujours soupçonnée de partialité dans les affaires impliquant les figures du pouvoir.
Patient Mukuna









