Espoir RUBENGA, catholique fervent et activiste engagé pour la paix, a écrit une lettre ouverte poignante à l’attention des évêques de la Conférence Épiscopale Nationale du Congo (CENCO). Dans ce texte aux accents prophétiques, ce fidèle blessé par les événements tragiques que traverse la RDC dénonce l’indifférence supposée des autorités ecclésiastiques face à l’horreur quotidienne vécue par des millions de Congolais.
Né et grandi dans un pays ravagé par la guerre, Espoir Rubenga dit porter en lui un rêve : celui d’un Congo réconcilié et d’une Église véritablement prophétique. Pourtant, il se dit déçu par ce qu’il considère comme un mutisme assourdissant de la part de la CENCO face aux massacres, aux viols, aux déplacements forcés, et à l’enrôlement d’enfants dans les zones de conflit. Voilà pourquoi dans un ton direct et sans détours, il interroge :
« Pourquoi aucune parole forte contre le M23, ses parrains comme Paul Kagame, ses complices internes comme Joseph Kabila ? », peut-on lire dans sa lettre.
Dans sa lettre, Rubenga fustige la répétition des dialogues politiques congolais qui, selon lui, n’apportent ni paix ni justice, mais seulement des partages de pouvoir sur les cadavres du peuple.
« On échange le sang contre des postes, les morts contre des fauteuils », écrit-il avec amertume.
Il appelle l’Église à sortir de sa réserve et à prendre une position claire, ferme et morale.
« Refuser de nommer le mal, c’est s’en faire complice », avertit-il, avant de conclure :« Servons Dieu en vérité. Car Dieu voit. Et Dieu jugera », a-t-il ajouté.
Rubenga révèle également avoir co-initié le Pacte des Chrétiens Catholiques pour l’Avenir du Congo, une plateforme qui ambitionne de réconcilier la foi et l’engagement citoyen en RDC. Il annonce que ce mouvement entend alerter directement le Saint-Père, le Pape Léon, sur la situation.
Un appel à la mémoire des martyrs
Dans une évocation émouvante, il cite des figures disparues qui incarnent le combat pour la vérité, entre autres : Mgr Laurent Monsengwo Pasinya, Sœur Yvette, Rossy Mukendi ou encore le colonel Mamadou Ndala. Pour Rubenga, leurs âmes appellent à la justice et à l’engagement sans compromis. Dans une phrase lourde de reproche, Rubenga écrit : « Pourquoi avoir ri avec ceux qui ont semé la mort à Goma ? »
Et d’insister :
« Je ne vous parle ni par haine ni par politique. Je vous parle en chrétien déçu, patriote blessé, témoin de l’injustice.»
Ce cri du cœur d’un fidèle engagé vient raviver le débat sur le rôle prophétique de l’Église dans la société congolaise. Face aux drames humains et aux souffrances collectives, certains catholiques exigent plus que des prières, à savoir : une parole forte, une dénonciation claire, un combat ouvert pour la paix, la vérité et la justice. La balle est dans le camp de la CENCO.
Emmanuel Kamba









