Dans un contexte marqué par la nécessité d’une transformation structurelle de l’économie nationale, le lancement du Fichier des Entreprises du Secteur Économique Structurant (ESES) se présente comme un tournant majeur pour la République Démocratique du Congo.
Pour le Professeur Alexandre N’shue Mokim, économiste de formation, cet instrument statistique permettra « de bien suivre la marche de l’économie, fixer les contours de la transformation et diversification, mieux collecter les impôts, contrôler les prix, suivre les transactions extérieures, suivre les opérations financières et appréhender le marché de l’emploi ».
Le Fichier des Entreprises n’est pas qu’un simple registre d’entreprises. Il s’agit d’une base de données stratégique, visant à recenser de manière exhaustive les acteurs économiques majeurs dans des secteurs clés : mines, agriculture, énergie, industrie, services, etc. Grâce à une cartographie dynamique de ces entreprises, l’État sera désormais mieux outillé pour piloter les politiques économiques fondées sur des données fiables.
« Sans un outil de collecte et de suivi des données à haute résolution, il est impossible de transformer efficacement une économie encore largement dominée par l’informel et la dépendance aux matières premières », souligne le professeur N’shue Mokim.
L’un des enjeux majeurs de la mise en place du fichier entreprises est l’élargissement de l’assiette fiscale. De nombreuses entreprises échappent encore à l’impôt ou sous-déclarent leurs activités faute d’un mécanisme rigoureux de traçabilité.
Grâce à ce fichier, les régies financières pourront désormais identifier clairement les entreprises contributrices, évaluer leurs activités réelles et suivre l’évolution de leurs performances. Cette transparence renforcée permettra à l’État d’accroître ses recettes internes, condition essentielle pour réduire la dépendance à l’aide extérieure.
Autre aspect stratégique, c’est la régulation des prix. En intégrant dans le fichier des données sur les flux de production, d’importation et de distribution, l’État sera en mesure de contrôler plus efficacement l’évolution des prix, de lutter contre la spéculation, et de garantir une certaine stabilité sur le marché intérieur.
De plus, l’outil permettra de stimuler la compétitivité en identifiant les maillons faibles de la chaîne de valeur dans chaque secteur. Cela ouvrira la voie à une politique industrielle ciblée, en faveur de la transformation locale des ressources.
Le fichier des Entreprises constitue une brique essentielle dans l’ambition du gouvernement de diversifier l’économie congolaise. En effet, la RDC ne peut plus se contenter d’être un simple exportateur de matières premières brutes. La transformation locale, l’industrialisation, et la montée en gamme des produits sont désormais des priorités nationales.
La centralisation des données économiques facilitera l’élaboration de politiques publiques cohérentes, le suivi des investissements, la planification de l’emploi, et le développement des infrastructures économiques.
La mise en œuvre effective du fichier des Entreprises pourrait constituer le socle d’une nouvelle gouvernance économique en RDC : plus transparente, plus équitable et mieux planifiée. Encore faut-il que cette initiative soit soutenue par une volonté politique forte, une coordination institutionnelle efficace, et un partenariat actif entre l’État et le secteur privé.
L’économie congolaise est à la croisée des chemins. Avec des outils modernes comme le Fichier des ESES, elle peut amorcer sa mue vers un modèle plus inclusif, plus performant et durable.
Ben AKILI









