L’épilogue est tombé. Plus de trois ans après son arrestation spectaculaire, François Beya, ancien tout-puissant conseiller spécial en matière de sécurité du président Félix Tshisekedi, a été acquitté ce jeudi 21 août par la Haute Cour militaire.
Poursuivi pour « complot contre la vie du chef de l’État », « offense au chef de l’État », « violation de consigne » et « incitation à la subversion », celui que l’on surnommait « Fantomas » est désormais libre de toute poursuite. Ses coaccusés, Guy Vanda Nowa Biama et le colonel Pierre Kalenga Kalenga, ont également été acquittés.
Arrêté en février 2022 dans des conditions spectaculaires, François Beya avait été présenté comme l’homme derrière une machination visant à renverser le régime. Mais au fil des audiences, les preuves se sont effritées. Le procureur lui-même avait fini par plaider la clémence, demandant une peine symbolique d’un an de prison, dont six mois avec sursis. Les juges sont allés plus loin, prononçant l’acquittement pur et simple.
Libéré provisoirement en août 2022 pour raisons médicales, Beya s’était installé à Paris pour des soins, loin des projecteurs et des intrigues de Kinshasa.
« Tout ça pour ça »
Si la justice militaire a tranché, le mal est fait, estime un proche de l’ancien conseiller : « Il a tout perdu dans cette affaire, son poste aussi bien que son honneur. » L’opposant Claudel Lubaya, lui, y voit la preuve que le dossier était bâti de toutes pièces : « Les accusations se sont écroulées une à une, comme montées par des officines de la haine. »
Un homme des arcanes du pouvoir
Originaire du Kasaï, François Beya a traversé les régimes : Mobutu, Kabila puis Tshisekedi. Sa carrière dans les renseignements lui avait permis de devenir une figure incontournable du paysage sécuritaire congolais, connu pour sa discrétion mais redouté pour son influence. Conseiller spécial de Félix Tshisekedi dès 2019, il avait joué un rôle clé dans la stabilisation du régime et dans les passerelles avec le camp Kabila. Une position centrale qui lui avait aussi valu jalousies et inimitiés.
Un homme d’État incompris
À 70 ans, François Beya n’est plus aux commandes, mais son parcours parle pour lui. Dans un pays où les fidélités se brisent vite, il aura incarné la constance, la rigueur et le sens du devoir. Derrière son image d’ombre, il y avait un « bon flic », patriote convaincu, soucieux avant tout de préserver la sécurité nationale et d’éviter que le chaos ne s’installe.
Pour ses admirateurs comme pour ses anciens détracteurs, son acquittement résonne comme une réhabilitation. Plus qu’un verdict judiciaire, c’est la reconnaissance tardive d’un homme qui, dans les coulisses, aura longtemps porté la République sur ses épaules. François Beya restera dans l’histoire comme l’un de ces serviteurs de l’État qu’on critique souvent, qu’on sacrifie parfois, mais dont on finit toujours par mesurer la valeur une fois qu’ils ne sont plus là.
Ben AKILI









