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Exactions au Sud-Kivu : Mukwege appelle à un Tribunal pénal international pour le Congo

Les récentes publications de Human Rights Watch (HRW) et Amnesty International (AI), datées du 20 août dernier, ravivent les inquiétudes sur la gravité de la situation dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu. Les deux organisations de défense des droits humains dénoncent des exactions massives, en particulier l’usage de la violence sexuelle comme arme de guerre, et pointent directement la responsabilité du M23, soutenu par l’armée rwandaise.

Le gynécologue et prix Nobel de la paix, Dr Denis Mukwege, a réagi avec fermeté à ces révélations.

« Nous sommes alarmés par le recours généralisé à la violence sexuelle comme une méthode de guerre par l’ensemble des parties au conflit, notamment par le M23, dont le contrôle et la direction de facto sont assurés par les Forces de défense rwandaises », a-t-il déclaré.

Les deux ONG évoquent des sources crédibles confirmant des massacres à grande échelle perpétrés en juillet dernier dans le territoire de Rutshuru, visant principalement des civils d’origine hutue. Ces informations viennent corroborer celles du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, publiées le 6 août.

HRW n’hésite pas à parler de « graves inquiétudes quant à un éventuel nettoyage ethnique » orchestré par le M23. Mukwege rappelle que ces atrocités rappellent les crimes documentés dans le rapport Mapping des Nations Unies en 2010.

« Ces crimes imprescriptibles, restés impunis, pourraient être qualifiés de génocide s’ils étaient portés devant un tribunal compétent », souligne-t-il.

Pour Mukwege, la communauté internationale ne peut plus se contenter de simples condamnations verbales.

« Presque quinze ans après la publication du rapport Mapping, les Nations Unies, l’Union européenne et les États doivent agir. Ils ont l’obligation morale et juridique de mettre fin à l’impunité pour éviter la répétition de ces crimes les plus graves », martèle-t-il.

Le prix Nobel appelle à la mise en place urgente d’un Tribunal pénal international pour le Congo, de chambres spécialisées mixtes, et de mécanismes de justice transitionnelle afin de rendre justice aux millions de victimes congolaises.

« Les États et les institutions qui cherchent à restaurer la paix dans la région des Grands Lacs ne pourront faire l’économie de la justice. Nier les victimes, c’est condamner la région à revivre sans fin ces tragédies », insiste Mukwege.

Enfin, Mukwege exhorte la communauté internationale à adopter des sanctions fortes et coordonnées contre les responsables militaires et politiques impliqués dans la commission de ces crimes, afin d’envoyer un signal clair contre l’impunité.

Alors que les violences se poursuivent dans l’Est du Congo, ces nouveaux rapports de HRW et AI risquent de relancer le débat sur l’urgence d’une justice internationale adaptée à la RDC et sur la responsabilité du Rwanda dans le conflit.

Alfred Ngongo

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