La voix d’Espoir Rubenga, fils du Kivu, s’élève avec force pour interpeller l’un des plus grands noms de la scène politique congolaise, Vital Kamerhe. L’actuel président de l’Assemblée nationale, longtemps présenté comme un acteur incontournable du compromis politique en RDC, se retrouve aujourd’hui sous le feu des critiques. En cause, son appel réitéré au dialogue dans un contexte où l’Est du pays continue de s’embraser.
Depuis trois décennies, la République démocratique du Congo a multiplié les dialogues politiques. De Sun City à Nairobi, en passant par Kampala et d’autres capitales régionales, chaque processus avait pour ambition affichée de mettre fin aux violences. Pourtant, pour nombre d’observateurs, ces dialogues n’ont fait qu’ouvrir la porte à une stratégie répétitive c’est-à-dire, la guerre comme levier de négociation.
« Prendre les armes, massacrer, exiger un dialogue, puis obtenir des postes dans les institutions », dénonce Espoir Rubenga, qui rappelle que le peuple congolais a payé au prix fort ce cycle macabre.
Goma et Bukavu : la mémoire de la trahison
Les villes de Goma et Bukavu, tombées successivement aux mains de rébellions soutenues par des forces étrangères, sont devenues des symboles douloureux. Mais au-delà de la défaillance militaire, Rubenga accuse une partie de la classe politique du Kivu d’avoir failli à son devoir.
« Certaines personnalités locales ont préféré sacrifier leurs propres frères pour un strapontin », affirme-t-il, soulignant que derrière le vernis du dialogue se cachait souvent la quête de positions de pouvoir.
Une interpellation directe à Vital Kamerhe
L’accusation est claire, derrière l’appel de Vital Kamerhe à un nouveau dialogue, se profilerait moins une recherche sincère de paix qu’une tentative de reproduire ce schéma de partage de pouvoir.
« Le Kivu n’a plus besoin de dialogues vides », insiste Rubenga. « Il a besoin de vérité, de justice et de courage. »
Pour ce digne fils du terroir, l’heure n’est plus aux compromis sans lendemain. Il appelle Kamerhe à sortir du langage politique convenu et à clarifier sa position : s’agit-il d’un véritable projet de paix, ou d’une stratégie d’intégration des bourreaux au sommet de l’État ?
La question qui dérange
Cette prise de position met en lumière une interrogation profonde : comment rétablir la paix au Kivu sans céder à la logique du chantage armé ? Les dialogues ont permis, par le passé, de calmer les fronts un temps, mais rarement d’assécher les causes structurelles de la violence : l’impunité, la compétition pour les ressources minières, et les ambitions régionales. C’est tout le dilemme posé aujourd’hui à Vital Kamerhe, figure respectée du Kivu, mais désormais appelé à prouver que son engagement n’est pas un recyclage du passé.
Br3f, Espoir Rubenga, à travers cette interpellation, donne voix à une génération meurtrie mais lucide. Sa question est tranchante : « Honorable Kamerhe, cherchez-vous la paix véritable ou l’éternelle redistribution des places au sommet, pendant que les nôtres meurent au pied des collines ? »
Dans un contexte où les Congolais réclament justice et sécurité, le moindre appel au dialogue devient suspect s’il ne s’accompagne pas d’une volonté ferme de rompre avec le cycle des compromissions.
Alfred Ngongo









