L’Observatoire de la Dépense Publique (ODEP) tire la sonnette d’alarme. Le procès de l’ancien président Joseph Kabila, loin d’avoir renforcé l’État de droit, constitue une occasion historique manquée de rompre avec l’impunité qui gangrène la République Démocratique du Congo depuis plus de six décennies.
Sans se prononcer sur la culpabilité ou l’innocence de l’ancien chef de l’État, l’ODEP estime que ce procès aurait dû constituer un moment fondateur, capable de créer une jurisprudence solide et exemplaire. Au lieu de cela, la justice congolaise s’est embourbée dans des débats stériles sur la nationalité de Joseph Kabila, reléguant au second plan des crimes économiques, politiques et humains pourtant documentés et susceptibles de faire jurisprudence.
L’ODEP souligne également que la procédure elle-même a été entachée d’irrégularités flagrantes. Alors que la loi sur le statut des anciens Chefs d’État prévoit que seul le Congrès est compétent pour autoriser des poursuites, c’est le Sénat qui s’est arrogé ce pouvoir, en violation manifeste de la législation.
Pour l’organisation, réduire un procès d’une telle ampleur à une querelle sur l’identité nationale d’un ancien président revient à déshonorer l’idée même de justice.
« C’est une parodie qui affaiblit nos institutions et banalise l’exigence de vérité », déplore l’ODEP.
À travers son analyse, l’ODEP replace ce procès dans une longue continuité d’impunité politique. Depuis l’assassinat de Patrice Lumumba sous Joseph Kasa-Vubu, les massacres et crimes économiques sous Mobutu, la « Révolution-Pardon » de Laurent-Désiré Kabila en 1997, jusqu’aux dérives documentées sous Joseph Kabila, aucun président n’a véritablement rendu des comptes.
Cette continuité, rappelle l’ODEP, a permis à des figures comme Gabriel Kyungu wa Kumwanza ou John Numbi de passer d’un régime à un autre sans être inquiétés, perpétuant ainsi un cercle vicieux où crimes et pillages restent sans sanction.
Face à ce constat alarmant, l’ODEP appelle à instaurer une justice réellement exemplaire, basée sur des faits irréfutables et des enquêtes approfondies. L’organisation plaide pour un audit systématique et obligatoire à la fin de chaque mandat présidentiel, sous la supervision de la Cour constitutionnelle, couvrant les volets politique, économique, financier et droits humains, l’abrogation pure et simple de la loi sur le statut et la protection des anciens Chefs d’État, jugée « anticonstitutionnelle et porteuse d’impunité » et des procès impartiaux et exemplaires, visant non seulement les anciens présidents mais aussi leurs complices et réseaux.
L’ODEP regrette enfin que ce procès de Joseph Kabila, loin de marquer une rupture avec l’impunité, ait renforcé les travers d’une justice sélective et politisée.
« Ce procès restera dans l’histoire comme une opportunité gâchée », alerte l’organisation, qui appelle à une volonté ferme de transparence et de redevabilité pour bâtir enfin un véritable État de droit en RDC.
Ben AKILI









