« L’histoire m’acquittera », avait lancé Constant Mutamba dans un souffle de défiance lors de ses derniers mots devant la Cour de cassation. À entendre aujourd’hui les échos qui résonnent dans les travées judiciaires et les rues de Kinshasa, ce cri résonne comme une prophétie en marche.
Le verdict, attendu avec solennité ce mercredi, n’a finalement pas été rendu. La Cour, surprise et fragilisée, a décidé de renvoyer la lecture au 1er septembre 2025. Derrière ce report se cachent deux forces. D’une part, la puissance symbolique des déclarations de Mutamba qui se posait déjà en vainqueur de l’histoire ; d’autre part, la pression populaire d’une base mobilisée, déterminée à défendre « son champion ».
Dans les couloirs de la Cour de cassation, certains magistrats parlent à voix basse.
« La justice a montré sa vulnérabilité. Elle n’a pas su résister à la rue », confie, amer, un haut cadre judiciaire sous anonymat.
Les images de centaines de partisans massés autour du Palais de justice, les slogans fustigeant une justice instrumentalisée, et les cris réclamant l’acquittement de Mutamba, ont donné à la Cour une image de faiblesse. Loin de se montrer souveraine, elle apparaît désormais comme une institution qui plie sous la clameur populaire.
« Nous assistons à une défaite morale de la Cour », tranche un observateur politique. En renvoyant le verdict, elle a donné raison à Mutamba qui disait, le temps est un réparateur, et l’histoire sera son meilleur avocat.
Mutamba, le tribun qui défie la justice
Ancien ministre de la Justice, Constant Mutamba connaît mieux que quiconque les arcanes judiciaires. Lorsqu’il a lancé sa phrase devenue virale « L’histoire m’acquittera », il savait qu’il déplaçait le procès de la salle d’audience vers l’arène de l’opinion publique.
Aujourd’hui, le pari semble gagné. Ses partisans le voient comme une victime expiatoire d’un système corrompu, un martyr politique qui retourne l’accusation contre ses juges.
« Mutamba est déjà acquitté dans les cœurs. La Cour ne fait que suivre le mouvement de l’histoire », analyse une chercheuse en sciences politiques.
En renvoyant la lecture du verdict, la Cour de cassation n’a pas seulement retardé une décision ; elle a validé, de manière implicite, le poids politique et social de Mutamba.
« C’est un aveu de faiblesse, la justice, censée être le dernier rempart contre la manipulation, s’est muée en chambre d’écho des pressions populaires. C’est une gifle institutionnelle », martèle un analyste indépendant.
Pour beaucoup, le procès de Mutamba n’est plus celui d’un homme, mais celui d’une justice en quête de légitimité. Une justice qui, au lieu de juger, semble jugée par l’histoire en train de s’écrire.
Le 1er septembre sera-t-il le jour de vérité ou un nouvel épisode de compromis ? Quoi qu’il en soit, une certitude s’impose. Le narratif de Mutamba, celui d’un homme injustement poursuivi mais déjà acquitté par l’histoire, s’impose désormais comme une évidence dans l’opinion.
À l’instar des grandes figures politiques ayant marqué leur époque, il se place du côté du temps long, là où les juges deviennent éphémères et où les décisions populaires survivent aux sentences officielles.
« Ce procès est perdu d’avance pour la Cour, car elle n’a plus le monopole de la vérité », conclut un observateur averti, ajount que la rue a déjà rendu son verdict. Et ce verdict, c’est l’acquittement. Affaire à suivre…
Ben AKILI









