Le député national élu de Butembo, Crispin Mbindule, relance le débat sur la réforme constitutionnelle en République démocratique du Congo (RDC), en l’ancrant dans les préoccupations sécuritaires et identitaires des populations de l’Est. Dans une interview exclusive accordée à Surveillance.cd, il met en avant trois enjeux majeurs : la légitimité de la Constitution actuelle, la question sensible de la nationalité et de l’infiltration, ainsi que la nécessité de maintenir le président Félix Tshisekedi au pouvoir jusqu’à la fin du conflit.
Sur la question constitutionnelle, l’élu de Butembo insiste sur le rejet populaire de la loi fondamentale actuelle, qu’il juge inadaptée aux réalités congolaises et entachée d’influences extérieures. Il dit rapporter ainsi fidèlement ressenti de sa base électorale.
« Déjà en 2020, la population avait dit au président de la République, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo que nous ne voulons pas de la constitution actuelle. Pourquoi ? Parce que cette population a consacré l’infiltration de la RDC. Parce que nous avons vu les gens que nous nous connaissions à l’Est comme étant des réfugiés, et qu’avec la constitution que nous utilisons actuellement, sont devenus des Congolais d’origine. Voilà pourquoi nous devons avoir une nouvelle constitution », a déclaré Crispin Mbindule, député national.

Pour Crispin Mbindule, cette situation alimente un sentiment d’insécurité identitaire et politique dans une région déjà fragilisée par des décennies de conflits. Il appelle dès lors à une refondation constitutionnelle inclusive, pensée et portée par les Congolais eux-mêmes, afin de corriger les failles structurelles actuelles.
Le député aborde également la problématique de la militarisation de la vie politique et de l’accès aux responsabilités publiques par les armes. Selon lui, l’absence de garde-fous dans le système actuel encourage des dérives dangereuses.
« Aujourd’hui, vous prenez les armes, demain, vous êtes général, vous êtes ministre, et pour accéder à ces postes-là, il faut prendre des armes. Nous devons limiter autant de choses, nous devons corriger ça, il ne faut pas que ça se répète », a-t-il martelé.
Cette critique met en lumière un cycle de violence institutionnalisée qui, selon lui, doit être brisé à travers une réforme constitutionnelle rigoureuse, capable de restaurer l’autorité de l’État et de garantir des règles d’accès équitables aux fonctions publiques.
Ainsi sur le plan politique, Crispin Mbindule rejette fermement les accusations selon lesquelles le projet de changement de Constitution viserait à prolonger le mandat présidentiel. Il affirme au contraire que la priorité reste la sécurité nationale et la fin de la guerre à l’Est.
« Nous voulons que d’abord Félix Antoine Tshisekedi puisse terminer cette guerre, parce qu’il a démontré qu’il est capable. […] Pas question de faire partir ce qu’il y avait avant la fin de la guerre. Il doit terminer la guerre, il doit consolider la paix. Avoir une nouvelle Constitution n’est pas synonyme au mandat du président de la République. Par contre, il est l’homme qui a démontré qu’il peut tout faire pour que la paix revienne sur l’ensemble de la partie orientale. Et par conséquent, changement de Constitution ou pas, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo doit rester au pouvoir », a-t-il ajouté.
En définitive, derrière ses prises de position avec fermeté, Crispin Mbindule se pose en porte-voix d’une population meurtrie mais déterminée à voir émerger un État plus solide et souverain. Entre exigence de sécurité, réforme des institutions et refondation du contrat social, l’élu de Butembo affirme son engagement à ne pas céder aux compromis qu’il juge dangereux, inscrivant ainsi son combat dans une logique de rupture assumée avec les pratiques du passé.
Ben AKILI









