À quelques heures du verdict très attendu dans le procès de l’ancien ministre de la Justice Constant Mutamba, un tournant inquiétant vient assombrir davantage le climat politique et judiciaire en République démocratique du Congo. Dans une décision pour le moins controversée, les magistrats ont instruit la Police nationale d’arrêter toute personne qui arborerait des effigies ou scanderait des slogans en faveur de l’accusé. Une démarche qui soulève de sérieuses inquiétudes quant au respect des libertés fondamentales, et jette une lumière crue sur les dérives d’un appareil judiciaire de plus en plus perçu comme un instrument politique.
Il ne s’agit plus seulement de juger un homme, mais de criminaliser jusqu’à l’expression de la solidarité populaire. Assimiler des effigies ou des slogans à des actes délictueux revient à museler la liberté d’expression garantie par la Constitution. Dans une démocratie digne de ce nom, la justice devrait rester au-dessus des passions politiques et protéger les droits des citoyens à manifester pacifiquement leurs opinions. Ici, au contraire, elle se transforme en machine de répression.
Un parfum d’intimidation
L’annonce de ces mesures apparaît comme une manœuvre d’intimidation, destinée à décourager les partisans de Mutamba et à isoler leur leader. Cette décision illustre une peur manifeste, celle d’une mobilisation populaire qui viendrait troubler le récit officiel autour de ce procès. En cherchant à bâillonner les voix discordantes, le parquet ne fait que renforcer le sentiment qu’il s’agit moins d’un dossier judiciaire que d’une bataille politique.
Quand la justice abdique sa neutralité
Un État de droit ne se construit pas sur l’interdiction d’arborer des effigies ou de crier des slogans. La justice, en donnant de telles injonctions à la police, sort de son rôle d’arbitre impartial pour se muer en bras séculier du pouvoir. Elle envoie un signal extrêmement dangereux, celui d’une institution qui ne juge plus au nom de la loi, mais au nom d’intérêts politiques.
Au-delà du cas Mutamba, cette décision crée un précédent funeste. Aujourd’hui, ce sont les partisans d’un ancien ministre qui sont visés ; demain, ce pourrait être toute voix critique, tout mouvement citoyen, toute contestation sociale. C’est la porte ouverte à un autoritarisme rampant qui s’installe au cœur même des institutions censées protéger les libertés.
Les regards de l’opinion nationale et internationale sont tournés vers ce procès dont le verdict est attendu ce mercredi 27 août 2025. La République démocratique du Congo, qui revendique sa place parmi les États respectueux de la démocratie, ne peut se permettre de piétiner ainsi les libertés fondamentales. Ce n’est pas la loyauté forcée ni la peur des slogans qui consolideront la justice congolaise, mais bien son indépendance et sa capacité à rendre des décisions crédibles, acceptées de tous.
Patient Mukuna









