La République démocratique du Congo traverse une nouvelle zone de turbulences politiques et sécuritaires. Alors que Kinshasa multiplie les appels à la paix et au dialogue, des voix de l’opposition dénoncent ce qu’elles considèrent comme une « mascarade politique », accusant le président Félix Tshisekedi d’écarter les véritables protagonistes du conflit et de prolonger une guerre meurtrière à l’Est.
Le 30 août 2025, devant les cadres de l’Union sacrée, le chef de l’État a confirmé la tenue d’un dialogue politique national. Mais celui-ci est déjà critiqué pour son format jugé « fermé », ni l’opposition en exil ni l’Alliance des Forces du Changement/M23 (AFC/M23), pourtant au cœur du conflit à l’Est, n’y sont associés. Pour ses détracteurs, l’initiative n’est qu’un « dialogue téléguidé », destiné à renforcer la position présidentielle plutôt qu’à rechercher un compromis inclusif.
« Un vrai dialogue impliquerait une transition sans Tshisekedi. Voilà ce qu’il refuse », martèle Franck Diongo, opposant de longue date, qui accuse le pouvoir de « saboter toute perspective de paix réelle ».
Sur le terrain, les violences persistent. Des bombardements attribués aux forces armées congolaises, appuyées par des drones, auraient visé plusieurs localités dans le Sud-Kivu et l’Ituri. Des ONG locales rapportent des destructions de villages, des déplacements massifs de populations et une crise humanitaire aggravée à Uvira, où famine, insécurité et manque d’eau mettent en péril des milliers de civils.
La question des communautés Banyamulenge et tutsies reste particulièrement sensible, ces dernières dénonçant des persécutions et une xénophobie alimentée, selon elles, par un discours officiel stigmatisant.
De son côté, l’AFC/M23 affirme avoir pris l’ascendant militaire sur les troupes régulières, évoquant des « victoires successives » et une meilleure organisation. Ses dirigeants estiment que seule une action militaire rapide pourrait « libérer le peuple congolais » du régime actuel, rejetant la perspective d’attente ou de négociation dans les conditions imposées par Kinshasa.
Le président Tshisekedi, lui, continue d’affirmer qu’il reste engagé pour la paix, tout en se montrant ferme face aux groupes armés. « On ne négocie pas avec ceux qui veulent balkaniser le pays », répète son entourage, accusant l’AFC/M23 d’être soutenue par des forces étrangères hostiles à la souveraineté congolaise.
La situation illustre l’impasse actuelle un dialogue national annoncé mais contesté, une opposition radicalisée, et une guerre à l’Est dont les civils paient le prix le plus lourd. Alors que la communauté internationale appelle à une solution négociée, le fossé semble se creuser entre Kinshasa et ses adversaires armés.
Pour l’heure, le Congo reste suspendu entre deux options : une paix inclusive qui exige des concessions mutuelles, ou une escalade militaire dont l’issue demeure incertaine.
Alfred Ngongo









