Les agents du Programme de désarmement, démobilisation, relèvement communautaire et stabilisation (P-DDRCS) des antennes de Beni, Lubero, Masisi, Walikale et Rutshuru, dans la province du Nord-Kivu, ont déclenché ce lundi une grève illimitée. Ils réclament le paiement de 35 mois d’arriérés de salaires, ainsi que leurs primes et avantages sociaux, qu’ils jugent «confisqués» depuis plusieurs années.
Dans une déclaration rendue publique, les grévistes affirment avoir suspendu « toutes les activités administratives et de terrain » jusqu’à ce que leurs revendications trouvent une solution concrète. Selon eux, la situation financière actuelle ne leur permet plus d’assurer leurs obligations professionnelles ni de subvenir aux besoins essentiels de leurs familles.
Les agents du P-DDRCS rappellent que leurs missions consistent notamment à encadrer les ex-combattants rendus et à faciliter leur réinsertion dans les communautés. Mais faute de moyens et de rémunération, ils estiment que ce travail est devenu « impossible à assumer avec dignité ».
« Nous avons attendu trop longtemps. Trente-cinq mois sans salaire, c’est presque trois ans de vie sacrifiée. Comment peut-on parler de stabilisation et de relèvement si ceux qui en sont les acteurs sont abandonnés ? », a dénoncé un agent gréviste de Beni, visiblement exaspéré.
Face à la montée de la contestation, le coordonnateur provincial du P-DDRCS au Nord-Kivu, Sukisa Ndayambaje, a tenté de calmer les esprits en rencontrant les agents. Sans parvenir à lever le mouvement, il a promis de « saisir la hiérarchie nationale » avant toute prise de parole officielle.
« J’appelle les collègues au calme et à la patience. Je vais transmettre leurs revendications à Kinshasa et je m’exprimerai dans les prochains jours », a-t-il déclaré brièvement.
La grève des agents du P-DDRCS intervient dans un contexte sécuritaire déjà fragile au Nord-Kivu. De nombreux observateurs craignent que cette paralysie ne freine davantage les efforts de désarmement et de réintégration des groupes armés, alors que la région fait face à une recrudescence des violences. Des sources locales notent que cette situation pourrait même fragiliser la confiance des communautés dans le processus de paix, déjà jugé lent et inefficace.
Pour l’heure, le mouvement de grève reste maintenu. Les agents exigent un signal fort du gouvernement central et affirment ne reprendre leurs activités qu’après satisfaction de l’ensemble de leurs revendications.
Emmanuel Kamba









