Bien que l’idée d’un dialogue national inclusif soit dans toutes les bouches, la volonté et la sincérité de certaines parties prenantes semblent faire obstacle à cette initiative cruciale pour surmonter la crise et remettre le pays sur les rails. Le président Tshisekedi, en particulier, se montre moins pressé qu’on ne l’imaginait. Conséquence : les négociations pour le retour de la paix sont au point mort.
Il est désormais clair pour l’opinion, tant nationale qu’internationale, que le président Tshisekedi est en passe de devenir un obstacle majeur au pacte social. Sa réponse lors du 2ᵉ congrès de l’Union Sacrée, au centre culturel, en est la preuve flagrante, si besoin en était : « Pas de dialogue en dehors de ma propre initiative. Dialogue oui, mais pas avec les Congolais inféodés au diktat », avait-il déclaré haut et fort.
Ce discours, pleinement assumé, témoigne de la perception d’une « non-urgence » par le régime, alors même que des pans entiers du territoire échappent encore au contrôle du pouvoir central. C’est une stratégie dosée qui illustre l’intention de Kinshasa d’être à la fois juge et partie, alors qu’il a l’obligation de s’asseoir à la même table que toutes les parties prenantes de la crise. Ce calcul politique cherche à consolider son pouvoir ou à émietter une opposition qui, à la longue, pourrait s’essouffler et rejoindre le camp du pouvoir. En jouant avec le temps, le président Tshisekedi le considère comme son allié dans cette épreuve.
En reconnaissant la nécessité d’un dialogue national, mais qui soit sous son égide, il fait preuve d’une évolution positive par rapport à sa prise de position d’août 2024, où il estimait qu’il n’y avait pas de crise en RDC. Cependant, il refuse de l’admettre, peut-être par orgueil du pouvoir ou en raison d’une lecture anachronique de la situation. Le fait qu’il envisage un dialogue sans en préciser les contours suggère une démarche qui part de son propre chef, à ses conditions et au moment qu’il aura choisi.
En d’autres termes, il dit simplement à tous ceux qui l’attendent : « Je m’organise, préparez-vous à y répondre. » C’est une attitude qui est semblable à celle d’un médecin qui refuse d’opérer un patient gravement malade, à moins que celui-ci n’accepte de se faire opérer selon ses propres conditions et à une date qu’il aura choisie.
Comment maintenir l’élan des discussions de Doha alors que Kinshasa veut avoir la mainmise sur toutes les initiatives ? Comment intégrer les résolutions de Doha si l’on refuse un dialogue national inclusif ?
La réponse du président Tshisekedi le week-end dernier pourrait même pousser l’AFC/M23 et leurs alliés à accélérer leur « Plan D ou Retour au Plan C », profitant du statu quo sur le terrain pour machiner la balkanisation.
À la lumière de ce qui précède, un dialogue en RD Congo n’est plus une certitude à l’horizon 2025. Il pourrait ne pas s’instaurer tant qu’il sera possible de trouver une solution par d’autres moyens. Mais la paix qui en découlera sera loin d’être durable et pérenne, tant que les causes profondes de la déliquescence de l’État ne seront pas abordées.
L’unité de l’opposition pourrait d’ailleurs s’ériger en un obstacle à cette stratégie délibérée du pouvoir. Le président Tshisekedi a peur, car il sait pertinemment bien qu’un dialogue national inclusif, avec les forces dominantes comme le clan Kabila, l’AFC/M23, Fayulu ou Katumbi, rebattrait logiquement les cartes de l’influence politique et institutionnelle. Il a raté l’occasion de rassembler le pays autour d’un projet commun et de montrer sa capacité à unifier au-delà des clivages politiques. Visiblement, le pilote à bord n’en a que faire.
Ce pari risqué, qui privilégie le calcul politique à l’impératif de l’unité nationale, place le pays dans une impasse : il n’y a de toute évidence que le dialogue pour sortir de la crise, mais pas de pilote pour le mener à bien.
Gédéon ATIBU









