La parole d’un homme d’État, empreinte de sagesse et d’humilité, est rare dans le contexte de crise profonde que traverse la République démocratique du Congo.
Joseph Kabila, ancien président de la RDC de 2001 à janvier 2019, a interpellé son successeur, Félix Tshisekedi, l’appelant à « rebâtir la Nation dont la charpente a été totalement éventrée en raison d’un leadership limitatif ».
Dans une tribune publiée dans les colonnes de Jeune Afrique, Joseph Kabila a commencé par rappeler la tournée de consultation qu’il a menée lors de son récent séjour à Goma et Bukavu, dans l’est de la RDC. En se faisant le porte-parole des populations abandonnées par le régime de Kinshasa, l’ancien président a rappelé les obligations du pouvoir central pour répondre aux aspirations des communautés qu’il a rencontrées.
« Leurs appels demeurent sans réponse, leurs voix sont ignorées, tandis que l’administration actuelle s’accroche à l’illusion que des solutions bricolées apporteront la paix. La réconciliation ne sera pas obtenue par ces accords ou par des procès sélectifs. Elle exige un dialogue authentique, réunissant autour de la table toutes les parties prenantes (responsables religieux, société civile, communautés et acteurs politiques). Sans cela, le Congo restera prisonnier de cycles de violence et de contre-violence », a-t-il alerté.
Sur le même sujet, Joseph Kabila s’est ensuite adressé directement à Félix Tshisekedi et à la communauté internationale. Sans le nommer, il a soutenu que l’unique voie de sortie de crise passe par un dialogue national inclusif pour « une réconciliation véritable et non cosmétique, comme cela avait été accompli en 2003 jusqu’à son départ ».
Faute de se plier à cette exigence, « le tribunal de l’histoire aura le soin de rendre à chacun selon ce qu’il aura mérité ».
« L’histoire ne nous jugera pas sur les accusations que nous nous lançons les uns aux autres, mais sur le courage que nous montrerons à unir le peuple congolais et à répondre à ses véritables besoins », a-t-il interpellé.
Pour l’ancien président, l’unité du pays est plus importante que son propre destin, d’où il exhorte les partenaires de son pays à ne pas jouer la carte de la division.
« J’exhorte les partenaires du Congo à regarder au-delà des apparences. Les procès, arrestations et persécutions en cours en RDC n’ont rien à voir avec la responsabilité ou la justice. Ils visent plutôt à consolider un pouvoir, à éliminer l’opposition et à détourner l’opinion publique de la corruption et de l’insécurité persistantes. Soutenir cette voie ne mènera pas à la paix. Elle n’apportera pas justice aux victimes. Elle ne fera qu’approfondir les divisions et affaiblir le Congo », a-t-il insisté.
Cette prise de parole intervient alors que la Fondation Thabo Mbeki a convié des acteurs de la classe politique et des confessions religieuses (dont la CENCO-ECC) à la conférence intercongolaise sur la paix et la sécurité, du 3 au 6 septembre prochain à Johannesburg. Elle a été suivie de la réponse du président Tshisekedi, qui a confié à ses lieutenants que si un dialogue devait avoir lieu, ce serait à son initiative et non avec des Congolais « inféodés au diktat ».
Cette tribune illustre la ligne qui guide Joseph Kabila, et qui sous-tend une diplomatie de coulisses pour des perspectives rocambolesques.
Gédéon ATIBU









