La question de l’élite que nous forgeons est au cœur du péril national. Alors que l’absence d’un véritable débat public compromet l’avenir de notre pays, la nécessité de former et d’encadrer une élite apte à relever les défis de notre temps n’a jamais été aussi pressante. Il incombe aux opérateurs politiques, socioculturels et scientifiques d’assumer cette responsabilité fondamentale pour le redressement de la nation.
Tant de partis politiques, quelle mission ? Les partis politiques sont un moyen de plus d’asservir davantage le peuple. Désorientée, ignorante et incapable de relever les défis que rencontre sa société, la nouvelle élite compromet son avenir, celui d’un pays, voire de ses enfants, au profit d’un leader politique qui l’utilise à ses fins.
En effet, la RDC, l’un des plus grands pays francophones au monde, compte officiellement plus de 600 partis et regroupements politiques, soit bien plus que d’entreprises et d’institutions académiques.
À Kinshasa, capitale congolaise par exemple, on trouve une centaine de sièges de formations politiques sur l’avenue de l’Enseignement, dans la commune de Kasavubu, en face de la grande enceinte sportive du Stade des Martyrs de la Pentecôte. Ce n’est pas tout, car le constat est le même un peu partout. Ces jeunes affiliés à ces formations politiques n’ont aucune formation politique, citoyenne ou morale. Leur définition du combat politique se réduit à l’accession au pouvoir et à sa conservation le plus longtemps possible. Rien de plus.
Pendant ce temps, les institutions académiques sont dans un état piteux en raison d’un sous-financement chronique, et d’un corps professoral en situation de précarité. Par conséquent, les professeurs préfèrent se réfugier dans des partis politiques ou sous les ordres des politiques. Cet état de choses obère la logique et la rigueur de la science, raison pour laquelle le pays navigue sérieusement à vue.
« Chaque peuple mérite ses dirigeants », dit-on. Ce principe peut se vérifier dans la mesure où le peuple congolais ne se montre pas suffisamment exigeant à l’égard de ses autorités. Aussi incroyable que cela puisse paraître, les politiques entraînent subtilement les jeunes pourtant pleins d’avenir et fougueux à danser selon leur rythme, et non le contraire.
Les pistes de solution
Il est possible de changer de paradigme en décourageant systématiquement les jeunes à s’engager dans le champ politique. Pour cela, des mesures concrètes doivent être prises, à savoir la limitation drastique des partis politiques, l’interdiction formelle pour le corps scientifique de faire de la politique, et la réduction systématique du train de vie des institutions. Ce n’est qu’en restaurant la primauté du débat et de la science sur les ambitions personnelles que la RDC pourra tracer un avenir véritablement prospère. Le salut du pays ne viendra pas de ses politiques, mais de sa capacité à exiger une élite digne de ce nom.
Gédéon ATIBU









