Le deuxième congrès extraordinaire de l’Union sacrée de la Nation (USN), convoqué par le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, Haute Autorité de cette plateforme politique, devait marquer un tournant historique pour la coalition au pouvoir. Mais au lieu d’un moment fondateur, l’événement a laissé derrière lui un goût amer de confusion, d’improvisation et de frustration.
C’est ce que déplore avec force l’ancien ministre Steve Mbikayi, cadre de l’USN, qui a choisi de briser le silence dans une tribune libre au ton sans concession. Tout en réaffirmant sa loyauté au chef de l’État, il exprime son inquiétude face à ce qu’il qualifie de “fonctionnement personnalisé et non transparent” qui menace, selon lui, l’avenir de la famille politique présidentielle.
Aux yeux de Mbikayi, l’ambition affichée par Félix Tshisekedi est légitime : doter l’USN d’une structure pérenne capable de conserver démocratiquement le pouvoir sur plusieurs décennies, à l’instar de l’ANC en Afrique du Sud, du MPLA en Angola, du FRELIMO au Mozambique ou encore du CCM en Tanzanie.
Mais l’organisation du congrès, loin de répondre à cette vision, a été marquée par “une désorganisation manifeste”. Les congressistes, convoqués à 9 heures, sont restés jusqu’à 16 heures sans orientation, ni prise en charge. “Le programme prévu n’a pas été respecté à 10 %. Aucun document de travail n’a circulé, aucune commission n’a été installée, aucun espace d’échange n’a été prévu, même les usages élémentaires comme une pause-café ou un secrétariat technique ont été ignorés”, fustige l’ancien ministre.
Pour lui, une telle gestion réduit un rendez-vous politique d’une telle importance à une “simple formalité”, au lieu d’un jalon fondateur pour la consolidation de l’USN.
Au cœur de son indignation, Steve Mbikayi pointe du doigt le rôle monopolistique du secrétaire permanent de l’USN, décrit comme un véritable “homme-orchestre” qui décide de tout, lit tout, oriente tout et concentre tous les leviers de décision.
Pire, affirme-t-il, des informations inexactes auraient été communiquées au président Tshisekedi, notamment sur la lecture et la discussion de la charte et du règlement intérieur. “En réalité, aucun congressiste n’en a pris connaissance avant leur validation. Comment des textes jamais discutés peuvent-ils s’imposer à tous ? Même au MPR, cela ne s’était jamais vu !” ironise-t-il, en référence au parti unique de Mobutu.
Derrière les applaudissements de façade, Steve Mbikayi révèle une autre réalité : “une grande partie des congressistes et des leaders lucides des regroupements politiques sont sortis déçus et frustrés.” Seuls ceux qui ont été nommés au présidium par la volonté du secrétaire permanent afficheraient une satisfaction de circonstance.
Selon lui, beaucoup murmurent leur lassitude face à un mode de gestion “personnalisé et opaque”, une dérive dangereuse pour l’avenir de l’USN. “Une seule personne ne peut, à elle seule, concentrer tout le pouvoir et diriger les chefs des partis comme des moutons de Panurge”, avertit-il.
Conscient des risques liés à sa prise de position, Steve Mbikayi assume. “Nous savons à quoi nous nous exposons : traversée du désert, marginalisation… Mais si tel est le prix à payer pour sauver notre famille politique, nous l’acceptons de bonne grâce.”
Pour lui, l’histoire retiendra ceux qui auront eu le courage de dire la vérité afin de corriger les erreurs et éviter les dérives. Son message est clair : l’Union sacrée mérite une organisation à la hauteur de sa mission historique et non une gestion approximative qui fragilise son avenir.
Cette sortie publique, inhabituelle dans un camp politique souvent régi par la loi du silence et la discipline imposée, met en lumière les tensions internes qui couvent au sein de l’Union sacrée. Derrière la loyauté affichée envers Tshisekedi, plusieurs voix s’élèvent en coulisses pour dénoncer un fonctionnement verrouillé et inefficace.
En exposant ces dérives sur la place publique, Steve Mbikayi lance un signal d’alarme : si rien n’est corrigé, le projet de faire de l’USN une machine politique durable pourrait s’effondrer sous le poids de ses propres contradictions.
La Rédaction









