« Le Congo aujourd’hui est un État failli et l’autre problème est l’absence de leadership », tranche Jean-Jacques Lumumba, lanceur d’alerte et figure de la résistance citoyenne. Une affirmation lourde de sens, mais qui résume parfaitement la tragédie congolaise. Un pays immensément riche, pillé sans vergogne par une élite prédatrice et abandonné à son sort par des dirigeants incapables.
L’État congolais n’existe plus que dans les textes officiels. Sur le terrain, il a capitulé. Les forces de défense sont incapables de sécuriser l’Est, où des groupes armés et des puissances étrangères dictent leur loi. Dans les villes, la police rackette plutôt que de protéger. La justice, elle, fonctionne à double vitesse, rapide et implacable contre les opposants ou les journalistes critiques, lente et complaisante envers les dignitaires politiques et les grands détourneurs.
Pendant ce temps, les infrastructures s’effondrent : des routes nationales transformées en pistes boueuses, des hôpitaux sans médicaments, des écoles aux toits percés. L’État, censé protéger et servir, est devenu un spectateur passif ou pire, un complice silencieux.
Ce que Jean-Jacques Lumumba dénonce n’est pas une simple faiblesse de gouvernance, mais un système de prédation institutionnalisé. Tout est conçu pour enrichir une minorité au sommet et appauvrir la majorité. Les scandales parlent d’eux-mêmes :
- Le RAM, une taxe illégale imposée sur les téléphones, a siphonné des millions de dollars dans les poches d’un cercle fermé, pendant que le peuple peinait à acheter du crédit téléphonique.
- Le programme des “100 jours”, censé incarner le renouveau, s’est mué en vaste opération de détournements : des millions disparus dans des marchés publics fictifs, des routes promises jamais construites.
- La Gécamines, jadis fleuron industriel, est aujourd’hui une coquille vide, pillée par des contrats opaques qui profitent davantage aux multinationales et à quelques parrains politiques qu’au Trésor public.
- La CENI, censée organiser des élections crédibles, est devenue une machine électorale au service du pouvoir, financée à coups de milliards sans aucune transparence.
Tout cela n’est pas de l’approximation : ce sont des preuves que la République fonctionne désormais comme une mafia institutionnelle.
L’absence de leadership, soulignée par Lumumba, n’est pas qu’un défaut de gouvernance : c’est une faillite morale et politique. Depuis plus de 60 ans, chaque régime répète le même scénario : promesses de changement à l’investiture, enrichissement effréné une fois au pouvoir.
L’actuel pouvoir n’échappe pas à cette logique. Au lieu d’instaurer la rupture, il s’est fondu dans l’ancien système, recyclant les mêmes élites corrompues, multipliant les scandales financiers et se contentant de discours creux. Pendant que les Congolais meurent faute de soins et fuient leurs villages sous les balles, les dirigeants s’enrichissent à coups de marchés truqués et de commissions occultes.
Dans cette République de l’injustice, c’est toujours le citoyen qui paie le prix fort. Taxé, tracassé, humilié, abandonné. Le Congolais survit dans un pays où le salaire minimum ne couvre même pas une semaine de nourriture, où les enfants étudient assis à même le sol, où l’électricité et l’eau potable restent un luxe.
Et quand le peuple ose réclamer ses droits, il est réprimé à coups de gaz lacrymogènes, de balles réelles et de procès expéditifs.
Le constat de Jean-Jacques Lumumba est implacable : la RDC est bel et bien un État failli, non pas par accident, mais parce qu’un système mafieux s’est emparé des institutions. Tant que la prédation restera la règle et l’impunité la norme, aucune alternance, aucun programme politique, aucun slogan ne sortira le Congo de ce gouffre.
Le pays a besoin d’un véritable leadership, d’une rupture radicale, et surtout d’un sursaut citoyen pour briser ce cercle vicieux. Sans cela, le Congo restera ce qu’il est aujourd’hui : une République de papier dirigée par des prédateur.
Maxime Mbumba









