L’Union sacrée, la coalition au pouvoir en République démocratique du Congo, traverse une zone de turbulences. Alors que la rentrée parlementaire approche, une motion de défiance contre Vital Kamerhe, le président de l’Assemblée nationale, est sur toutes les lèvres. Cette manœuvre politique n’est pas un simple coup de vent passager ; elle pourrait bien faire éclater les tensions qui couvent depuis longtemps entre l’UDPS et l’UNC. L’éditorial qui suit explore les raisons de cette crise, le rôle de Vital Kamerhe et les issues possibles pour la coalition présidentielle.
La philosophie du président Tshisekedi semble être celle d’un capitaine prêt à jeter certains membres de son équipage par-dessus bord pour éviter que son navire ne coule. Si l’on en croit les rumeurs qui se préparent contre lui dès la rentrée parlementaire, Vital Kamerhe pourrait être la prochaine victime de cette stratégie.
Ce qui se trame contre Vital Kamerhe semble en effet prévisible, et ce pour plusieurs raisons.
Son passé récent : le procès des « 100 jours » a laissé des traces. Même s’il a été acquitté, il a entaché son image auprès de l’opinion publique.
La méfiance des deux camps : cette affaire a créé une cicatrice durable. D’un côté, il y a la blessure personnelle de Kamerhe, et de l’autre, la peur que sa rancune puisse mener à une vengeance.
Sa victoire fragile : les circonstances de son élection à la présidence de l’Assemblée nationale n’en faisaient pas le candidat idéal pour l’Union sacrée de la nation (USN). Sa victoire n’était qu’une étape, concédée par ses adversaires en attendant le bon moment pour se repositionner.
Toutes ces raisons sont renforcées par les positions actuelles de Vital Kamerhe. Sa propension à la sagesse, la prudence, et son rôle de médiateur sont souvent mal interprétés par des partenaires qui ne partagent pas sa vision.
Malheureusement, cette approche, qui l’a toujours aidé par le passé, pourrait aujourd’hui lui être fatale.
L’échec de l’Union sacrée
Les tensions internes contre Vital Kamerhe sont la preuve que les relations entre l’UDPS et l’UNC n’ont jamais été véritablement sincères. On assiste aujourd’hui à la fin de cette « paix des braves » qui tenait jusqu’ici.
L’Union sacrée semble avoir échoué à cerner les enjeux du pays et à se renouveler. Le congrès du 30 août, que certains qualifient de messe noire, n’aurait eu aucune importance. Selon le chef de parti Steve Mbikayi, il n’y aurait eu aucune véritable réflexion sur la manière de conserver le pouvoir ou de renforcer les institutions. Cette incapacité à se projeter expose l’USN à des querelles de positionnement entre des personnalités mégalomanes.
Quelle réaction pour Kamerhe ?
Le malheur ne vient jamais seul, dit-on. Alors que la tempête politique se lève contre lui, Vital Kamerhe voit ses alliés l’abandonner. Son regroupement, fort de 22 partis, est laissé pour compte et les réunions ne se tiennent plus. Sur qui peut-il compter désormais ? La réponse semble être que lui et ses proches pourront à peine s’en sortir.
Si la diplomatie en coulisses n’est pas suffisante pour régler cette crise et éviter que l’USN sombre, Vital Kamerhe devra faire preuve de courage face à cette dure réalité. Il pourrait en effet revivre le scénario de 2006-2009, où son mandat de président de l’Assemblée s’était achevé prématurément.
Le président de la République, garant du bon fonctionnement des institutions, a le devoir d’arbitrer cette situation. Il doit agir au plus vite pour éviter qu’une simple motion ne dégrade la crise.
Vital Kamerhe a le choix de ne pas s’accrocher à son poste si la motion devait être examinée. En démissionnant, il pourrait faire preuve de grandeur et de sagesse, surtout si le temps lui donne finalement raison. Son départ pourrait permettre de ne pas ouvrir un front dont les conséquences seraient incalculables.
Gédéon ATIBU









