Alors que le pays retenait son souffle dans l’attente d’un verdict historique, la Haute Cour militaire a choisi, une fois de plus, de reculer l’échéance. Ce vendredi 12 septembre, au lieu de prononcer sa décision dans l’affaire explosive opposant le ministère public à l’ancien président Joseph Kabila, la Cour a ordonné la réouverture des débats, accédant à la demande de la partie civile représentée par la République démocratique du Congo.
Un revirement spectaculaire qui met en lumière, aux yeux de nombreux observateurs, l’errance procédurale d’une justice tiraillée entre pressions politiques, charges accablantes et un accusé absent.
Un verdict attendu, une volte-face inquiétante
Tout semblait prêt pour que tombe la sentence. Jugé par défaut, Joseph Kabila fait face à des accusations d’une gravité extrême. Trahison, participation à un mouvement insurrectionnel, crimes contre l’humanité. Aîsi la thèse de l’accusation repose sur une prétendue complicité active avec l’AFC/M23, mouvement armé adossé au Rwanda et qui ensanglante encore l’Est du pays.
Mais au moment crucial, la Haute Cour militaire a suspendu son élan. Prétextant la nécessité d’examiner de nouveaux éléments, elle a décidé de convoquer une nouvelle audience, fixée au 19 septembre. Pour beaucoup, cette volte-face n’est rien d’autre qu’une hésitation symptomatique d’un système judiciaire qui peine à affronter de front la figure controversée de l’ancien chef d’État.
Trois témoins au cœur du tournant
Me Richard Bondo, avocat de la RDC, s’est félicité de cette décision.
« Nous voulons que trois témoins viennent retracer, devant la Haute Cour, les personnalités et les comptes bancaires par lesquels transite le financement de l’AFC/M23/RDF par le prévenu Kabila. Nous voulons aussi établir, devant la justice et l’histoire, qu’un étranger a dirigé ce pays pendant 18 ans », a-t-il martelé.
Ces témoins annoncés devraient apporter des révélations explosives sur les circuits financiers occultes et les soutiens politiques présumés de l’AFC/M23. Mais cette étape supplémentaire, qui aurait pu être anticipée bien plus tôt, nourrit le sentiment d’une justice qui tâtonne, au lieu de trancher.
Un procès emblématique qui s’enlise
Ce procès, inédit dans l’histoire congolaise, devait symboliser la rupture avec l’impunité des élites politiques. Or, l’impression qui se dégage est tout autre. Reports à répétition, renvois, hésitations de procédure. À chaque pas, la justice semble reculer devant le poids politique et symbolique d’un homme qui a marqué deux décennies de pouvoir en RDC.
Ce flou permanent fragilise davantage la crédibilité des institutions judiciaires congolaises. La réouverture des débats n’est pas en soi problématique si elle vise la manifestation de la vérité. Mais en multipliant les atermoiements, la Haute Cour donne le sentiment de naviguer à vue, incapable de démontrer une rigueur digne de l’ampleur du dossier.
La date du 19 septembre : espoir ou nouvelle fuite en avant ?
La prochaine audience est attendue avec fébrilité. Les Congolais, eux, oscillent entre impatience et scepticisme. Certains y voient une chance d’exposer, preuves à l’appui, les zones d’ombre du règne Kabila. D’autres dénoncent une manœuvre dilatoire qui risque d’enliser indéfiniment le dossier, au risque de le vider de sa substance politique et judiciaire.
Quoi qu’il en soit, le procès Kabila est désormais plus qu’un simple dossier judiciaire. Il est devenu un test de vérité pour la justice congolaise. Et chaque recul de la Haute Cour renforce la conviction que l’histoire, elle, ne sera pas aussi indulgente.
Patient Mukuna









