Tant que Joseph Kabila vivra et gardera ses facultés intactes, il se défendra contre l’arrêt qu’il qualifie « d’inique » que la Haute Cour militaire s’apprête à prononcer ce vendredi 12 septembre 2025.
Des observateurs avisés s’accordent à dire que le sort de l’ancien président est scellé. Au regard de la célérité du procès, les moyens de droit exprimés et la communication autour de ce dossier laissent peu de place à une marche arrière.
La Haute Cour militaire se préparerait à prononcer la peine de mort et à émettre un mandat d’arrêt international contre Kabila. Si cela se produit, il est probable que les relations entre Kabila et Tshisekedi aient atteint un « point de non-retour ».
Cette guerre à distance risquerait alors d’ouvrir un nouveau front politique. Tshisekedi aura l’impression d’avoir réussi un grand coup en faisant condamner son prédécesseur sur des accusations aussi graves que la trahison et les crimes de guerre. De son côté, Kabila pourrait être tenté d’explorer de nouvelles pistes pour faire valoir ses droits.
Cette situation va, en effet, cristalliser leur conflit au point que chaque camp cherchera à faire des pieds et des mains pour actionner les différents plans qu’ils auraient adoptés. La condamnation de Kabila par la justice militaire sera non sans conséquence. Sans le savoir ou le vouloir, elle pourrait ramener l’ancien président au-devant de la scène politique. Après le prononcé de la peine de mort, il serait comme un lion blessé, un homme ordinaire ayant perdu une bataille, à qui il ne resterait plus que l’énergie du désespoir.
Les trois dimensions de la riposte de Kabila
Cette sorte de sursaut vital de Kabila se déclinera en trois dimensions essentielles pour atteindre son objectif ultime.
La dimension stratégique
Dans cette dimension, Kabila, conscient de ses faiblesses, fera tout pour exploiter celles de son adversaire. Il pourrait évaluer ses forces et identifier ses alliés potentiels avant de déterminer les moyens à mettre en œuvre pour gagner la grande bataille.
La dimension tactique
L’ancien président pourrait se concentrer sur les actions concrètes à mener pour mettre en œuvre sa stratégie. C’est d’ailleurs ce qu’il a déjà entrepris. Cela justifie ses récentes sorties médiatiques qui interviennent au moment qu’il faut et la manière de réagir aux attaques de l’adversaire. Les tactiques sont des coups joués dans la bataille avec pour objectif d’affaiblir l’adversaire ou de brouiller les cartes qu’il a en mains.
La dimension idéologique
En dernier lieu, c’est la dimension idéologique dont la charpente est le spirituel. Elle se manifeste par l’inspiration et la légitimation idéologique. C’est ce qu’on appelle : « l’affrontement des idées et des valeurs. » Chaque camp cherche à imposer sa vision du monde et à donner un sens à ses actions. Il se joue sur le terrain du récit. Dans sa dernière tribune, Kabila a eu recours à cette approche lorsqu’il a peint un tableau sombre de la gestion du pays par son successeur, et cela risque de s’amplifier avec le verdict.
L’erreur potentielle de la stratégie de Tshisekedi
Sur cette troisième dimension, le pouvoir sera perdant, car aujourd’hui, aucun discours ne suffirait plus à mobiliser le peuple et à persuader les indécis lorsqu’on regarde en quel état se trouve le pays. Face aux promesses non tenues et au détournement spectaculaire de fonds publics, quelle image gardent les Congolais du pouvoir de M. Tshisekedi ? Dorénavant, ce sera le discours de Kabila opposé à leur gouvernance. La seule manière de gagner sur cette dimension serait de faire mieux dans tous les secteurs.
Il est important de rappeler que la stratégie de Tshisekedi vise à marginaliser politiquement Kabila, mais aussi à le pousser à bout ou à se dévoiler. C’est politiquement correct, mais il n’est pas nécessaire de le faire, surtout lorsque la confiance du peuple s’effrite au jour le jour. Il s’agit d’une stratégie qui demande de l’audace, mais qui peut se révéler plus tard comme une grave erreur.
Gédéon ATIBU









