Un coup de tonnerre politico-judiciaire vient d’ébranler Kinshasa. Selon des sources proches de la Haute Cour militaire, une délégation de haut rang s’est discrètement envolée le week-end dernier pour La Haye, siège de la Cour pénale internationale (CPI), afin de déposer un volumineux dossier visant l’ancien président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila Kabange. L’ex-chef de l’État est accusé de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, des faits repris dans le Statut de Rome instituant la CPI.
Cette initiative, qualifiée de « courageuse » par certains observateurs, marque un tournant dans la quête de justice longtemps réclamée par des victimes et organisations de défense des droits humains. La délégation, dont la composition reste confidentielle, se dit déterminée à obtenir l’ouverture d’une enquête internationale contre l’ancien homme fort de Kinshasa.
« Le temps de l’impunité est révolu. Plus personne n’est au-dessus de la loi, même pas ceux qui ont régné en maître absolu », a confié une source proche du dossier.
Le spectre de Taylor et Habré
Si la procédure aboutit, Joseph Kabila pourrait rejoindre la liste des ex-dirigeants africains contraints de rendre des comptes devant la justice internationale, à l’image de Charles Taylor, ancien président du Liberia condamné à 50 ans de prison pour crimes contre l’humanité, ou encore Hissène Habré du Tchad, condamné à la prison à vie par un tribunal spécial africain. Ce scénario, inimaginable il y a quelques années, semble aujourd’hui prendre forme, alimentant les spéculations sur l’avenir judiciaire de l’ancien président congolais.
Un ex-président prudent et en retrait
Depuis sa sortie du pouvoir en janvier 2019, Joseph Kabila s’est tenu à distance des capitales occidentales, préférant voyager exclusivement en Afrique. Son nom est récemment apparu en Zambie, où il a participé à une rencontre de la communauté Fuliro du Haut-Katanga. Cette prudence témoigne, selon des analystes, de sa conscience du risque judiciaire qui pèse sur lui.
« Kabila sait qu’il est surveillé de près. Il a opté pour une diplomatie de proximité africaine, loin des juridictions internationales qui pourraient s’intéresser à son passé », estime un politologue congolais.
La CPI, dont le rôle est de juger les crimes les plus graves touchant la communauté internationale, devra examiner ce dossier explosif. Pour beaucoup, cette démarche redonne espoir aux victimes des conflits armés qui ont ravagé la RDC sous son règne. Mais elle ouvre aussi un chapitre inédit dans l’histoire politique congolaise : celui de la reddition des comptes au plus haut niveau de l’État.
La détermination de la délégation congolaise et la gravité des accusations placent désormais Joseph Kabila face à une justice internationale dont l’ombre plane inexorablement sur lui.
Emmanuel Kamba









