La République Démocratique du Congo s’apprête à vivre une rentrée parlementaire cruciale. Mais, une fois encore, les véritables préoccupations du peuple semblent reléguées au second plan, étouffées par les luttes de pouvoir internes. L’ombre d’une pétition visant la destitution de M. Vital Kamerhe, président de l’Assemblée nationale, plane déjà sur cette session, détournant l’attention des enjeux réels qui minent quotidiennement la vie des Congolais.
La Constitution, en son article 100, est pourtant claire : l’Assemblée nationale est investie du pouvoir de voter les lois, de contrôler le gouvernement et les entreprises publiques, et d’évaluer les politiques publiques. Mais cette rentrée budgétaire ne ressemble pas à une séance de contrôle citoyen ; elle se transforme en une arène d’intrigues où la survie du peuple n’est jamais à l’ordre du jour.
Le peuple congolais souffre : l’Est du pays est un champ de massacres, la jeunesse se meurt dans l’oisiveté, la SNEL facture un courant qu’elle ne fournit pas, l’eau potable reste inaccessible, et les hôpitaux comme les écoles publiques sont abandonnés à leur sort. Et pourtant, dans les couloirs du parlement, tout semble tourner autour d’un seul objectif : faire tomber un homme. Comme si la misère, la faim et l’insécurité pouvaient être balayées par des règlements de comptes personnels.
Les analystes sont catégoriques : aucune pétition ne sécurisera l’Est, ne créera d’emplois, ni n’allégera la misère d’un peuple oublié. Un proverbe africain résume cruellement la situation : « Quand les éléphants se battent, ce sont les herbes qui souffrent. » Aujourd’hui, ce sont les Congolais qui trinquent des ambitions démesurées de leurs représentants. Un autre dicton rappelle : « Le chef est le berger, il ne mange pas ses brebis, il les conduit vers de bons pâturages. » Mais trop souvent, nos dirigeants ont oublié que leur mandat n’est pas un privilège, mais un service.
Le peuple attend de cette rentrée parlementaire un contrôle rigoureux de l’action gouvernementale : pourquoi la SNEL facture-t-elle ce qu’elle ne fournit pas ? Pourquoi l’État échoue-t-il à sécuriser l’Est ? Où disparaissent les milliards issus des ressources minières ? Pourquoi les finances publiques demeurent-elles un mystère pour les contribuables ? Ces questions, vitales pour la survie de la nation, sont éclipsées par le théâtre politicien qui se joue sous nos yeux.
La démocratie congolaise ne peut plus se contenter de tourner en rond autour de calculs personnels et d’ambitions égoïstes. Elle doit redevenir l’expression de la volonté nationale. Messieurs et Mesdames les députés, souvenez-vous de votre serment envers le peuple. Car, comme le dit la sagesse bantoue : « Quand le peuple a faim, les tambours de fête sonnent faux. » Aujourd’hui, vos intrigues sonnent faux, dans un pays où le peuple n’a ni pain, ni paix.
Cette rentrée parlementaire sera un test : continuerez-vous à jouer votre théâtre habituel, ou choisirez-vous enfin de redonner sens au mandat que vous avez reçu ? L’histoire jugera vos choix. Mais sachez-le : le peuple vous observe, et tôt ou tard, il demandera des comptes.
Alfred Ngongo









