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Baisse du dollar en RDC : un mirage payé par les réserves nationales

La récente baisse du taux du dollar face au franc congolais aurait pu être saluée comme une victoire de la politique monétaire nationale. Mais derrière cette apparente stabilité, les observateurs voient une tout autre réalité. Une manœuvre artificielle, obtenue au prix de l’austérité budgétaire et du recours inquiétant aux réserves nationales.

Depuis plusieurs semaines, la Banque centrale du Congo (BCC) intervient massivement sur le marché, injectant des devises pour soutenir la monnaie nationale. En parallèle, le gouvernement a comprimé les dépenses publiques, c’est-à-dire salaires payés en retard, arriérés qui s’accumulent, absence de frais de fonctionnement pour les services de l’État.

Une stratégie qui, selon les économistes, viole les fondamentaux de l’économie. Car si elle permet d’absorber l’excédent de francs congolais en circulation, elle bloque la demande globale, rétrécit l’espace fiscal et fait peser un lourd fardeau sur la population.

Dans les marchés de Kinshasa comme à Lubumbashi, le contraste est criant. Le franc congolais semble reprendre des couleurs, mais les prix des denrées de base, eux, ne suivent pas. Les ménages continuent de souffrir, étranglés par le coût de la vie et l’incertitude économique.

« C’est une grave erreur d’utiliser la réserve nationale pour éjecter sur le marché », alerte le professeur Godé Mpoyi, économiste. « Cette politique ne tient pas sur la durée. Elle risque de vider les caisses du pays et de déclencher une inflation sans précédent. Le gouverneur de la Banque centrale doit faire très attention. »

Les chiffres en trompe-l’œil

Le gouvernement avance un taux d’inflation de 7 %. Mais pour de nombreux spécialistes, il s’agit d’un chiffre maquillé, en total décalage avec la réalité vécue par la population. La véritable stabilité, rappellent-ils, se mesure au marché et non sur des tableaux Excel.

Ainsi face à cette situation, les experts plaident pour un changement de cap urgent :

  • Contrôler strictement le rapatriement des devises par les compagnies minières, afin que les richesses du sous-sol bénéficient réellement aux réserves nationales ;
  • Massifier la mobilisation des recettes publiques et renforcer la fiscalité en devises ;
  • Payer à temps les agents de l’État, pour soutenir la demande intérieure et éviter la grogne sociale ;
  • Accélérer la diversification de l’économie, afin de sortir de la dépendance quasi exclusive aux mines et au dollar ;
  • Assurer une gouvernance économique crédible, seule capable de garantir une stabilité durable.

Si rien ne change, la spirale semble inévitable. À moyen terme, les injections répétées de devises videront les réserves de change, fragilisant encore davantage la monnaie. L’hyperinflation, cauchemar économique redouté, n’est plus un scénario hypothétique mais une menace réelle.

Ben AKILI

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