La récente baisse du dollar américain face au franc congolais a suscité une vague d’enthousiasme dans plusieurs milieux en République démocratique du Congo. Mais faut-il vraiment se réjouir si vite ? Pour Maître Jean-Marie Banza, juriste de formation, analyste attentif mais surtout citoyen révolté, la prudence doit l’emporter sur l’euphorie.
« Attendons trois mois avant de jubiler », lance-t-il, comme pour ramener ses compatriotes à la raison. À ses yeux, la question de la valorisation de la monnaie congolaise ne peut se réduire à une simple fluctuation du marché de change. Car derrière cette embellie apparente se cache une réalité implacable : un pays qui ne produit rien et qui importe presque tout ne peut espérer bâtir une économie solide, encore moins stabiliser durablement sa monnaie locale.
Pour cet analyste, la situation économique actuelle du Congo n’est pas une fatalité. Elle est plutôt le fruit d’une mauvaise gestion historique, qu’il attribue directement à l’ère du Maréchal Mobutu. « Mobutu n’était pas préparé à la gestion de la chose publique. Il a laissé le pays s’effondrer », accuse-t-il.
En effet, Jean-Marie Banza rappelle que le premier président de la République, Joseph Kasavubu, avait légué à la nation un héritage industriel impressionnant : près de 4.000 entreprises manufacturières. Ces usines et structures productives constituaient l’ossature d’une économie congolaise capable de soutenir son développement. Mais Mobutu, selon lui, n’a pas su préserver ni renforcer cet acquis. Résultat : une économie vidée de sa substance, dépendante des importations et fragilisée par une monnaie en permanence sous pression.
Une économie sans fondations solides
Pour le juriste, la baisse actuelle du dollar ne doit pas tromper l’opinion. « Comment peut-on jubiler alors que nous ne produisons pas ? Comment croire à la valorisation d’un franc congolais qui repose sur le sable mouvant des importations ? » s’interroge-t-il, avec une indignation palpable.
Ce citoyen révolté y voit une illusion monétaire qui risque de s’effondrer à tout moment, faute de bases structurelles. Le Congo, insiste-t-il, ne peut espérer une véritable stabilité économique qu’en relançant sa production locale, en diversifiant son économie et en réduisant sa dépendance vis-à-vis des marchés extérieurs.
« Tant que nous continuerons à applaudir la baisse du dollar au lieu d’applaudir la naissance d’une usine, nous resterons prisonniers de nos propres illusions. Un peuple qui danse sur un mirage finira toujours par pleurer au réveil », a-t-il ajouté.
Un cri d’alarme à la nation
Au-delà de l’analyse technique, le discours de Maître Jean-Marie Banza sonne comme un cri d’alarme. Il refuse de voir ses compatriotes tomber une fois de plus dans ce qu’il appelle des « illusions économiques temporaires », entretenues par des chiffres trompeurs et des fluctuations conjoncturelles.
Pour lui, la véritable victoire n’est pas dans la baisse ponctuelle du dollar, mais dans la reconstruction d’une économie congolaise souveraine, capable de produire, transformer et exporter. « Sans production nationale, sans industrie, sans une vision claire, la stabilité du franc congolais ne sera qu’un mirage », martèle-t-il.
Patient Mukuna









