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Lualaba : désastre chimique sur la RN39, la société civile dénonce le silence coupable des autorités

Un nouvel accident environnemental vient d’ensanglanter le paysage écologique de la province du Lualaba. Un camion-citerne transportant de l’acide, appartenant à l’entreprise GPM RTR, s’est renversé ce mercredi matin sur la Route Nationale n°39, à hauteur du village Kafwaya, provoquant un déversement massif d’acide dans la rivière Nkonka.

Selon plusieurs témoins oculaires et acteurs de la société civile présents sur les lieux, le drame s’est produit aux environs de 10 heures, lorsque le poids lourd, immatriculé CGO 4504 AS 05, a tenté d’éviter un motocycliste transportant des minerais. Le véhicule a alors quitté la chaussée et s’est renversé dans un champ avant que son contenu hautement corrosif ne se répande, d’abord sur la terre, puis dans les eaux de la rivière.

« L’odeur était insoutenable, suffocante. On pouvait sentir la brûlure dans l’air. L’acide a coulé directement vers la Nkonka sans aucune neutralisation. C’est un véritable désastre écologique », a déclaré un membre de la société civile locale, encore sous le choc. Les conséquences sont immédiates et dramatiques, c’est notamment la disparition des poissons, contamination de l’eau, destruction des cultures riveraines et menace directe sur la santé des populations.

Les habitants de Kafwaya, Fungurume et d’autres localités situées en aval tirent la sonnette d’alarme. L’eau de la Nkonka, qui se jette dans la rivière Dipeta, est devenue impropre à la consommation, et même dangereuse au simple contact. La société civile, indignée, appelle les services étatiques compétents l’Agence Congolaise de l’Environnement (ACE), la Direction de la Protection de l’Environnement Minier (DPEM) et les services provinciaux de l’Environnement à descendre d’urgence sur terrain afin de prélever des échantillons et évaluer la gravité du sinistre.

« Nous exigeons des analyses immédiates et des sanctions exemplaires. L’entreprise pollueuse doit répondre devant la loi, conformément au principe pollueur-payeur », martèle un porte-parole du collectif citoyen de la chefferie des Bayeke.

L’accident a également causé des dégâts considérables au champ de M. Tshiyesu Kayombo Don Boseo, cultivateur local dont la propriété a été envahie par l’acide. La société civile exige une indemnisation immédiate et l’ouverture d’un dossier judiciaire pour que les responsables soient contraints de réparer les torts causés.

« Nous n’accepterons plus que les Congolais subissent en silence pendant que les pollueurs s’en sortent avec quelques amendes. La dignité humaine et la protection de notre environnement ne sont pas négociables », dénonce avec colère un activiste environnemental de Fungurume.

L’indignation est d’autant plus grande que, selon plusieurs sources, le camion impliqué aurait déjà quitté la fourrière, suscitant des soupçons de complicités et de laxisme au sein des autorités locales.

« Comment un engin responsable d’une telle catastrophe peut-il repartir sans qu’aucune mesure environnementale ne soit appliquée ? Pour qui roulent nos autorités ? » s’interrogent les militants.

Bien que non directement impliquée dans l’accident, la société Tenke Fungurume Mining (TFM) est appelée à apporter une aide technique, notamment en aspergeant de la chaux pour neutraliser l’acide, comme elle l’avait fait lors d’un précédent incident sur le pont Kelangile.

La société civile du Lualaba en appelle à la conscience nationale et internationale. Elle exige que les pollueurs soient contraints non seulement à payer des amendes, mais aussi à indemniser les citoyens affectés, rappelant que «l’eau, c’est la vie, et la détruire, c’est tuer».

« Le Lualaba ne peut pas continuer à être une zone de sacrifice écologique. Trop, c’est trop », conclut l’ONG, qui appelle les médias, les autorités et les organisations internationales à se mobiliser pour éviter que la Nkonka ne devienne une rivière de mort.

Tant que les pollueurs continueront à salir nos rivières et à payer leur impunité en silence, le peuple congolais restera victime d’un double crime celui contre la nature et celui contre sa dignité. Le Lualaba n’a pas besoin de promesses, il a besoin de justice.

Maxime Mbumba

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