Déterminé à en finir avec le désordre urbain et l’anarchie routière qui gangrènent la capitale congolaise, le Commissaire divisionnaire et commandant de la police de Kinshasa, Israël Kantu Bakulu, a lancé une vaste opération de remise en ordre à Pompage et au camp Lufungula. Une action coup de poing qui marque sa volonté de rendre à la ville son image de capitale digne et disciplinée.
Véritable carrefour stratégique reliant les communes de Ngaliema et Mont-Ngafula, Pompage est depuis des années un cauchemar pour les automobilistes et les habitants des quartiers périphériques tels que CPA, Mazal, Mbudi, Mideda, Salongo, Koweït, Lutendele, Kimbwala, Owale ou Matshungu. Chaque matin, le décor est le même : un embouteillage monstre, une foule compacte, des motos en zigzag et des vendeurs occupant trottoirs et chaussées, sous le regard impuissant ou complice de certains agents de l’ordre.
Le week-end dernier, le Commissaire provincial, Israël Kantu Bakulu, s’y est rendu personnellement. Sur place, il a découvert une situation chaotique : trottoirs envahis, étalages installés jusqu’à l’ombre du saut-de-mouton, véhicules et motards stationnant en plein carrefour, policiers délaissant la circulation pour s’adonner à des arrestations arbitraires et lucratives. Le constat est amer. La réaction, immédiate.

Comme Jésus au temple” : le général rétablit la loi
“Quelles que soient les raisons, on ne peut pas tolérer l’anarchie à ce carrefour”, a martelé le général Kantu, comparé par certains témoins à “Jésus chassant les marchands du temple”. Le patron de la police kinoise a ordonné l’évacuation immédiate de tous les étalages et la libération des voies publiques, tout en insistant sur le respect des droits humains.
“Nous devons prévenir les drames comme celui de Matadi Kibala, où des vies ont été fauchées parce que des commerçants vendaient sur la route. La sécurité des citoyens n’est pas négociable”, a-t-il déclaré.
L’opération a réjoui de nombreux usagers, même si certains vendeurs se sont dits désemparés.
“C’est une première ! Voir le commandant de la police de la ville venir lui-même à Pompage, c’est historique. Ce qu’il fait aujourd’hui, c’est du courage pur”, a commenté un habitant. D’autres appellent les autorités municipales à aménager un marché de substitution pour ces petits commerçants.
Lukunga : coup de balai contre la corruption
Dans la foulée, le général Kantu a pris la direction du sous-commissariat de Lukunga, où il a découvert une autre dérive : des dizaines de motos entassées dans la cour et sur la chaussée, saisies souvent sans motif valable.
“J’ai été arrêté par un civil et contraint de payer 40 000 francs pour récupérer ma moto. Le major m’avait réclamé 100 000. Je n’ai jamais su quelle faute j’avais commise”, a témoigné un motard indigné.

Face à ces abus, le Commissaire provincial a ordonné la fermeture immédiate du bureau de la division urbaine des Transports opérant dans l’enceinte du poste de police, qualifiant cette situation de “détournement de mission et d’atteinte à l’éthique policière”.
Son cortège a quitté les lieux tard dans la nuit, non sans promettre de revenir “parachever ce qui a été commencé”.
Camp Lufungula : la renaissance d’un symbole
Le lendemain, samedi 8 novembre, c’est au camp Lufungula, dans la commune de Lingwala, que le général Kantu a lancé une autre opération : la réhabilitation complète de la tribune de parade laissée à l’abandon depuis plusieurs décennies. Sous son impulsion, les policiers se sont mobilisés pour redonner vie à ce lieu historique, autrefois fierté de la gendarmerie nationale.
“Ce lieu a été délaissé alors qu’il fait partie de notre patrimoine. Nous devons le réhabiliter pour ne plus dépendre d’autres sites comme le Stade des Martyrs. Toutes nos activités parades, causeries morales, rassemblements se tiendront désormais ici”, a affirmé le commissaire divisionnaire, appelant ses troupes à un effort collectif.
Avec ces deux interventions coup sur coup, Israël Kantu Bakulu confirme son image de chef d’action, décidé à rétablir la discipline, l’ordre et la dignité de la police congolaise. Sa méthode : présence sur le terrain, fermeté dans la discipline, et tolérance zéro face aux dérives. Pour beaucoup, ce vent de rigueur qui souffle désormais sur Kinshasa est le signe d’un commandement qui entend replacer la PNC au service du peuple et non de ses poches.
Emmanuel Kamba









