L’accident aérien survenu ce lundi matin à l’aéroport dit international de Kolwezi, dans la province du Lualaba, soulève une onde de choc nationale et ouvre un débat urgent sur la sécurité aérienne en République démocratique du Congo. Le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, et les membres de sa délégation ont miraculeusement survécu après que leur avion a pris feu à la suite d’une sortie de piste.
Mais au-delà de la frayeur vécue par les passagers, c’est surtout la gestion catastrophique de l’incident par l’aéroport qui scandalise l’opinion. Un appareil en flammes… mais aucun véhicule anti-incendie.
Selon Isaac Nyembo, conseiller en communication du ministre, l’avion en provenance de Kinshasa a quitté la piste lors de l’atterrissage, avant de s’enflammer quelques instants plus tard. Environ 20 passagers ont pu être évacués avant que les flammes ne ravagent totalement l’appareil.
Mais ce qui choque le plus, ce ne sont pas les circonstances du crash, c’est l’absence totale de moyens d’intervention d’urgence à un aéroport qui se revendique « international ».
Les images parvenues à la rédaction de Surveillance.cd sont d’une violence symbolique. Aucun camion anti-incendie, aucun système professionnel d’intervention rapide, aucun dispositif de secours digne de ce nom.
À la place, quelques personnes probablement des agents improvisés ou des civils arrivent en courant, munies de simples bidons d’eau, comme si elles tentaient d’éteindre un feu de brousse et non un avion en flammes. Une scène qui relève de l’inacceptable. Une scène qui ridiculise toute prétention à la modernité. Une scène qui interroge profondément sur la crédibilité de la certification « internationale » de cet aéroport.
Un aéroport flambant neuf, mais un service d’urgence inexistant
Le contraste est frappant, l’aéroport de Kolwezi n’est pas une vieille infrastructure abandonnée aux termites. C’est un site fraîchement modernisé, inauguré avec faste il y a à peine quelques mois par le Président de la République lui-même.
Alors, comment expliquer qu’un aéroport rénové, construit avec de l’argent public dans l’une des provinces les plus riches en minerais du pays, soit incapable de déployer ne serait-ce qu’un camion anti-incendie ? Comment un aéroport qui accueille régulièrement des délégations officielles, des investisseurs, des opérateurs miniers et des vols commerciaux peut-il être dénué du minimum requis en matière de sécurité?
En tout cas, l’accident de ce lundi montre que ce n’est pas un simple problème technique, mais plutôt une faillite structurelle, une négligence grave, un danger permanent pour tous les passagers. Parce que si le ministre des Mines a survécu, combien d’autres vies pourraient être perdues à l’avenir dans ces mêmes conditions ?
La question est désormais sur toutes les lèvres. Quel est le sens d’un aéroport international sans services d’urgence internationaux ? Qu’est-ce qui justifie cette appellation si l’infrastructure elle-même n’est pas capable d’assurer la sécurité minimale des passagers ? Toutes ces questions restent pendantes.
Un incident qui appelle des comptes
Cet accident n’est ni le premier ni, si rien n’est fait, le dernier. Il devrait être le point de départ d’un audit complet, transparent et public sur les équipements réels de sécurité de l’aéroport, les budgets alloués et leur utilisation, les responsabilités administratives et techniques et la conformité de la certification internationale attribuée à cette infrastructure.
Alors que la délégation du ministre se rendait à Kolwezi pour évaluer un autre drame, l’accident meurtrier survenu samedi à la mine de Kalondo, elle se retrouve à porter, malgré elle, le miroir d’une autre tragédie annoncée, celle de la défaillance chronique de certains services publics, même dans les zones les plus stratégiques du pays.
Le crash de Kolwezi n’a heureusement pas fait de victimes parmi les passagers. Mais il fait une victime symbolique majeure, qui est la confiance du public dans la sécurité aérienne nationale.
Ce qui s’est passé n’est pas un simple incident, c’est un avertissement. Un rappel brutal que l’infrastructure ne peut pas se limiter à des bâtiments rénovés et des cérémonies officielles. Un aéroport réellement international ne peut se permettre d’être un simple décor sans équipements, sans préparation, sans capacité d’intervention.
Il appartient désormais aux autorités de montrer qu’elles prennent ce signal au sérieux, et que Kolwezi ne sera pas le théâtre répété de catastrophes évitables.
La Rédaction









