Avec la relance du port de l’ONATRA à Matadi, chef-lieu du Kongo-Central, le trafic économique entre Matadi et Kinshasa connaît une croissance fulgurante. Une dynamique saluée par les acteurs du transport, mais qui expose aussi des faiblesses inquiétantes de la Route Nationale n°1 (RN1). Sur ce tronçon long d’environ 350 kilomètres, les chauffeurs des grands cars, communément appelés BEN, tirent la sonnette d’alarme. La route ne répond plus aux exigences d’un trafic aussi intense, pourtant ces conducteurs rappellent qu’ils payent jusqu’à 500U SD de taxe, mais la route ne nous est pas adaptée.
Ces derniers dénoncent une contradiction devenue insupportable malgré les taxes élevées auxquelles ils sont soumis, l’infrastructure reste insuffisante pour leurs véhicules. Une situation qu’ils jugent injuste et dangereuse.
« Cela fait plus de dix ans que je conduis sur cette route. Nous remercions le gouvernement pour la réhabilitation réalisée, mais nos réalités sont toujours difficiles. Nous perdons des collègues chaque année parce que la route n’a qu’une seule bande. Elle n’est pas adaptée au trafic actuel », confie anonymement un chauffeur de grands cars.
Selon eux, la montée du flux de marchandises et de passagers impose désormais la construction d’une infrastructure moderne, capable d’absorber ce volume sans mettre en péril la vie des usagers.
Si plusieurs propositions circulent, les conducteurs, eux, ne tergiversent plus. Une autoroute distincte, réservée aux grands véhicules, est devenue indispensable.
« Ajouter une bande serait déjà bien, mais à ce stade, c’est d’une nouvelle route dont nous avons besoin. Une route pensée pour les grands cars, afin de travailler en toute sécurité », insiste un autre conducteur.
Le trafic croissant des autobus, renforcé par la relance du port, accentue chaque jour la pression. Beaucoup craignent que, sans intervention urgente, la RN1 ne devienne un point de congestion permanent et un danger public.
Au-delà de l’état de la route, les chauffeurs pointent aussi un problème récurrent celui lié à l’obscurité totale la nuit, qui ouvre la voie à des actes d’insécurité et empêche de nombreux conducteurs d’assurer leur service nocturne.
« Nous voulons contribuer au développement du pays, mais il faut renforcer la sécurité. La route est plongée dans le noir. Les braquages se multiplient la nuit. Il ne manque pourtant à l’État que d’installer l’éclairage le long de la nationale », regrettent-ils.
Alerté par ces préoccupations, Jean-Marie Tshibuabua, Directeur Marketing et de l’Efficacité énergétique à la SNEL, assure que des avancées sont attendues.
« J’ai moi-même vu comment les chauffeurs peinent la nuit. Je peux vous annoncer que d’ici peu, le chef de l’État inaugurera le G25 à Inga, pour répondre aux besoins du pays en électricité. En parallèle, les travaux de réhabilitation du G24 vont être lancés. Nos routes méritent d’être éclairées », a-t-il déclaré.

Pour les chauffeurs, l’autouroute Kinshasa-Matadi n’est pas un luxe, mais plutôt une infrastructure stratégique pour l’économie nationale. Le corridor Matadi-Kinshasa est en effet la porte d’entrée principale des marchandises importées au pays. Une route moderne, sécurisée et fonctionnelle contribuerait directement à fluidifier les échanges et à stimuler la croissance de la RDC.
En attendant, les conducteurs continuent à parcourir quotidiennement ces 350 kilomètres avec détermination mais aussi avec la crainte constante que la prochaine traversée ne soit pas la plus sûre.
Michel Kabeya









