Le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya Katembwe, a pris part ce mardi au Cercle de Kinshasa à la session de décembre du Comité de suivi des recommandations issues des États généraux de la Communication et Médias. Une rencontre stratégique, trois ans après ces assises historiques organisées en janvier 2022 sous le haut patronage du Président de la République, au Centre catholique Nganda.
Revenant sur l’esprit qui avait animé ces États généraux, le ministre a rappelé qu’ils avaient constitué « un moment de vérité » pour le secteur.
« En janvier 2022, nous avons pris une décision courageuse de scruter l’écosystème de notre profession. C’était un exercice de lucidité, un diagnostic sans complaisance de nos forces, de nos faiblesses et de nos potentialités face à l’évolution rapide des technologies de l’information et de la communication », a-t-il déclaré.
Ces assises avaient débouché sur 82 recommandations structurantes, destinées à refonder durablement le paysage médiatique congolais. Pour en assurer l’exécution, un comité de suivi inclusif avait été mis en place dès mars 2022, avec une feuille de route précise et des responsabilités clairement définies. Trois ans plus tard, Patrick Muyaya a présenté un état des lieux sans complaisance.
« Le taux global de mise en œuvre est de 53 %, soit 43 recommandations réalisées, 10 en cours d’exécution et 28 non encore réalisées. Ces chiffres traduisent des avancées réelles, mais rappellent aussi l’ampleur du travail qui reste à accomplir », a-t-il souligné, appelant à une analyse rigoureuse du rapport d’évaluation.

La “loi Muyaya”, une avancée majeure à rendre pleinement opérationnelle
Parmi les progrès notables, le ministre a mis en exergue la promulgation de l’ordonnance-loi n°23/009 du 13 mars 2023, communément appelée loi Muyaya.
« Ces textes modernisent le cadre légal de la liberté de la presse, posent les bases de la viabilité économique des médias, renforcent la régulation et consacrent les droits des journalistes. Les résultats obtenus sont le fruit d’un effort collectif », a-t-il affirmé.
Toutefois, Patrick Muyaya a insisté sur la nécessité de rendre cette loi pleinement applicable. À cet effet, plusieurs projets de décrets et d’arrêtés interministériels ont été élaborés, notamment sur la fiscalité, les licences, les autorisations et les exonérations liées à l’importation des intrants médiatiques. Ces textes sont actuellement examinés avec les experts de la DGRAD en vue de leur finalisation.
Dans le même cadre, certains arrêtés ministériels sont déjà effectifs, notamment ceux relatifs à l’accréditation des journalistes étrangers et à la délivrance du récépissé autorisant l’exploitation des médias en RDC.
Salubrité médiatique : professionnaliser sans museler
Abordant la question sensible de la salubrité médiatique, le ministre s’est montré ferme.
« Il est inacceptable d’employer des journalistes sans les rémunérer durant des mois. Il est tout aussi inadmissible de prétendre exercer une activité médiatique sans disposer du minimum technique requis », a-t-il martelé.
Il a précisé que la relance de ce processus vise avant tout à structurer et professionnaliser le secteur, et non à restreindre la liberté de la presse.
Concernant les médias publics, Patrick Muyaya a évoqué les efforts de modernisation en cours, notamment le rééquipement de la Radiotélévision nationale congolaise (RTNC), désormais dotée de matériels de diffusion en haute définition, ainsi que la transformation progressive de l’Agence congolaise de presse (ACP) vers un modèle multimédia adapté aux standards actuels.
Sécurité des journalistes et dépénalisation des délits de presse
Le ministre a également réaffirmé l’engagement du gouvernement en faveur de la sécurité des journalistes et de la dépénalisation des délits de presse.
« Le droit de réponse et de rectification est désormais consacré comme préalable à toute poursuite judiciaire », a-t-il rappelé, annonçant la tenue prochaine de cadres de concertation avec l’UNPC et les acteurs du secteur judiciaire pour garantir l’effectivité de ces dispositions.
Face aux violations des libertés de la presse observées dans certaines zones sous occupation, le gouvernement entend renforcer la collaboration avec les organisations professionnelles et de défense des journalistes afin de documenter les cas, alerter l’opinion nationale et internationale et rechercher des sanctions ainsi que des réparations pour les victimes.
Patrick Muyaya a enfin souligné que la redevabilité est désormais un pilier central de la communication gouvernementale, notamment à travers les briefings réguliers destinés à rapprocher les journalistes des sources officielles et à lutter contre la désinformation.
Le ministre a enfin salué « les avancées enregistrées grâce aux efforts conjugués du gouvernement et des parties prenantes », tout en reconnaissant que « beaucoup reste encore à faire ». « Les contraintes financières demeurent réelles, mais la dynamique est engagée et les bases sont désormais posées », a-t-il conclu.
Emmanuel KAMBA









