Un incident pour le moins troublant s’est produit à Kambove, dans la province du Haut-Katanga où l’on voit dans une vidéo relayée dans les réseaux sociaux, le Directeur général du Service d’Assistance et d’Encadrement de l’Exploitation Minière Artisanale et à Petite Échelle (SAEMAPE), Jean-Paul Kapongo, a été empêché d’accéder à un site minier par des éléments de la garde présidentielle. Une situation qui soulève de nombreuses interrogations sur le fonctionnement des institutions publiques en République démocratique du Congo.
Selon plusieurs sources concordantes, le DG du SAEMAPE se serait rendu sur place dans le cadre d’une mission officielle visant notamment l’installation de nouvelles coopératives minières. Une initiative qui, au lieu de susciter une dynamique de formalisation, aurait provoqué un malaise au sein de la communauté locale. Mais au-delà de cette controverse, c’est l’image même de ce Service qui sort fragilisée.

Comment comprendre qu’un haut responsable public, investi d’une mission de régulation et d’encadrement du secteur minier artisanal, se retrouve dans une situation d’altercation directe avec des militaires ? Une telle posture interroge non seulement sur la méthode employée par le DG, mais aussi sur le respect de la hiérarchie administrative et des procédures institutionnelles.
D’un côté, l’attitude du Directeur général pose problème. En descendant personnellement sur un terrain aussi sensible, sans visiblement s’assurer d’une coordination préalable avec les autorités sécuritaires et locales, il expose sa fonction à des tensions inutiles. Un DG n’est pas un agent de terrain ordinaire ; il incarne une institution et doit agir avec la retenue stratégique que cela implique.
De l’autre côté, la présence même de la garde présidentielle sur un site minier constitue une entorse flagrante aux directives officielles. Le Chef de l’État a, à plusieurs reprises, insisté sur l’interdiction de la présence d’éléments en uniforme dans les carrières minières, afin de lutter contre les abus et l’exploitation illégale des ressources. Le maintien de ces forces sur le terrain alimente donc les soupçons de dérives et de réseaux parallèles.
Pour certains experts du secteur, cet incident révèle un dysfonctionnement profond. Comme le souligne un analyste minier sous anonymat basé à Lubumbashi.
« Cet événement est révélateur d’une crise de gouvernance dans le secteur minier artisanal. Lorsqu’un Directeur général ne peut pas accéder à un site relevant de son mandat, cela signifie que l’autorité de l’État est fragmentée, concurrencée, voire contournée par des intérêts sécuritaires ou privés. Cela envoie un signal extrêmement négatif aux investisseurs et aux communautés locales, qui ne savent plus à quelle autorité se fier », a-t-il déclaré.
Un autre expert en gouvernance des ressources naturelles renchérit.
« La présence persistante des forces armées dans les sites miniers, malgré les interdictions formelles, est l’un des plus grands obstacles à la réforme du secteur. Elle favorise les pratiques illégales, la corruption et l’insécurité. Mais il faut aussi reconnaître que certains responsables administratifs contribuent à ce chaos en agissant sans coordination, parfois avec des agendas peu clairs. Cette combinaison d’amateurisme institutionnel et de militarisation illégale est explosive », a-t-il fait savoir.
Au final, cet épisode de Kambove illustre un double échec. Celui d’un responsable administratif qui semble avoir outrepassé les limites de son rôle stratégique, et celui d’un appareil sécuritaire qui continue d’opérer en marge des règles établies. Dans un pays où les ressources minières représentent un pilier économique majeur, de tels dysfonctionnements ne peuvent être tolérés.
Il devient urgent de rétablir l’autorité de l’État, de clarifier les rôles et de faire respecter strictement les directives présidentielles. Faute de quoi, des incidents comme celui-ci risquent de devenir la norme plutôt que l’exception.
Ben AKILI









