Le député national Crispin Mbindule est monté au créneau avec une rare virulence pour dénoncer la flambée des prix observée dans les villes de Butembo, Beni et plusieurs zones sous contrôle gouvernemental au Nord-Kivu. Dans une interview accordée à la presse, l’élu a directement mis en cause la gestion du gouverneur militaire Evariste Somo, qu’il accuse d’avoir instauré des « taxes conventionnelles » illégales qui étranglent la population et aggravent le coût de la vie dans une région déjà éprouvée par l’insécurité.
Selon Crispin Mbindule, les mesures prises par les autorités provinciales ont créé une pénurie artificielle sur le marché, provoquant une hausse vertigineuse des prix des produits de première nécessité et du carburant. L’élu estime que cette situation ne peut être uniquement justifiée par les tensions internationales ou les perturbations économiques mondiales.
« Même avec la guerre de l’Iran, la marchandise ne peut pas être multipliée par dix. Ici à Kinshasa, nous voyons que le prix n’a pas vraiment galopé. Mais à Butembo, à Beni et dans d’autres entités du Nord-Kivu, la population souffre gravement parce qu’on a arrêté les véhicules et bloqué la marchandise. Lorsqu’il y a carence sur le marché, les prix explosent automatiquement. Le peuple est en train de payer les conséquences d’une mauvaise gestion et de décisions injustifiées », a dénoncé le député.
Le parlementaire a particulièrement pointé du doigt une taxe qu’il qualifie d’opaque et d’illégale, imposée aux véhicules transportant du carburant et d’autres marchandises stratégiques. D’après lui, ces prélèvements ne figurent dans aucune nomenclature officielle reconnue par le gouvernement central.
« Le gouverneur a institué ce qu’il appelle une “taxe conventionnelle”. Par citerne de carburant, il fait payer 4 000 dollars. Pour les véhicules transportant du ciment, c’est 2 500 dollars. Cet argent n’entre pas dans les trésors publics. Qui bénéficie de ces fonds ? Dans quel compte va cet argent ? Ce sont des taxes illégales qui ont des répercussions directes sur le marché. Voilà pourquoi un litre de carburant est monté jusqu’à 10 000 francs congolais à Butembo. Aujourd’hui encore, les prix ne respectent même pas la structure fixée par le ministère de l’Économie », a-t-il martelé avec indignation.
Très remonté, Crispin Mbindule affirme qu’il ne peut rester silencieux face à ce qu’il considère comme une souffrance imposée délibérément à la population du Nord-Kivu. Le député, président du groupe parlementaire « Le Peuple d’abord », accuse certains responsables de vouloir retourner la population contre le régime du président Félix Tshisekedi.
« Je ne peux pas me taire pendant que la population de Butembo-Beni, Walikale et d’autres zones souffre. Le Nord-Kivu n’est pas une propriété privée. Nous devons parler de la gestion publique. Quand on crée des barrières partout, qu’on multiplie des taxes conventionnelles illégales et qu’un sac de ciment atteint 21 dollars dans cette contrée, il est de mon devoir de dénoncer cela. Leur stratégie est claire , faire souffrir la population pour qu’elle conteste le changement et le régime de Félix Tshisekedi. Moi, je suis du côté du peuple et je ne regarderai jamais ailleurs pendant que la population est étranglée », a insisté l’élu de Butembo.
Face à cette situation, le député national réclame une mission d’évaluation urgente de l’état de siège au Nord-Kivu, avec l’implication du ministère de la Défense et de l’Inspection générale des FARDC. Il estime qu’une enquête approfondie permettrait de mettre en lumière de nombreuses pratiques qu’il juge contraires aux intérêts de la population.
En portant publiquement ces accusations contre le gouverneur militaire du Nord-Kivu, Crispin Mbindule ouvre désormais un nouveau front politique autour de la gestion de l’état de siège et de la pression fiscale imposée aux opérateurs économiques dans l’Est du pays.
Derrière cette dénonciation explosive, le député apparaît comme la voix d’une population étranglée par la flambée des prix, les tracasseries administratives et l’effondrement du pouvoir d’achat. Reste à savoir si ces révélations pousseront les autorités compétentes à ouvrir une enquête sur ces taxes dites « conventionnelles » qui, selon l’élu de Butembo, alimentent davantage la souffrance populaire qu’elles ne servent l’intérêt public.
Emmanuel KAMBA









