Le spectre des exécutions sommaires refait surface dans les zones sous occupation rebelle au Nord-Kivu. À Kiseguro, dans le groupement de Binza en territoire de Rutshuru, trois militaires des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) auraient été froidement exécutés par les rebelles du M23, soutenus par le Rwanda, selon plusieurs sources locales concordantes.
Les faits se seraient déroulés le vendredi 15 mai 2026, dans un climat de terreur et de fortes tensions sécuritaires qui continuent d’étouffer les populations civiles dans cette partie de l’Est de la RDC. Les victimes étaient des militaires FARDC capturés lors de la chute de Goma en janvier 2025 et maintenus depuis sous contrôle des rebelles.
D’après des témoignages recueillis dans la région, les trois soldats auraient refusé de rejoindre les rangs du M23 et de collaborer avec ce que plusieurs habitants qualifient « d’entreprise criminelle imposée par la rébellion ». Une position qui leur aurait coûté la vie.
Les militaires exécutés sont identifiés comme étant le lieutenant-colonel Asedri Anguy Jhon, le sous-lieutenant Akwa ainsi que le sergent Ilunga. Leur mise à mort aurait été ordonnée par le colonel du M23 Eustache Ndazibonde, présenté comme commandant de l’axe Binza–Kiseguro–Nyamilima.
Selon plusieurs sources locales, les trois hommes étaient accusés d’avoir facilité l’évasion de certains de leurs compagnons d’armes détenus par les rebelles. Après des interrogatoires musclés et des accusations internes, ils auraient été conduits dans un lieu isolé avant d’être exécutés sans procès ni autre forme de procédure.
Cette affaire provoque une vive indignation dans la région, où des habitants dénoncent des actes assimilables à des crimes de guerre. Des acteurs de la société civile rappellent que les prisonniers de guerre bénéficient d’une protection garantie par le droit international humanitaire et les conventions de Genève.
« Exécuter des militaires capturés parce qu’ils refusent de rejoindre une rébellion constitue une violation grave du droit international. Ce sont des pratiques barbares qui démontrent le mépris total des groupes armés pour la vie humaine », dénonce un notable de Rutshuru sous couvert d’anonymat pour des raisons sécuritaires.
Depuis la résurgence du M23, plusieurs organisations nationales et internationales de défense des droits humains alertent sur la multiplication des exactions dans les zones sous contrôle rebelle, assassinats ciblés, disparitions forcées, enrôlements contraints, intimidations et traitements inhumains contre les populations civiles et les éléments des FARDC capturés.
La mort du lieutenant-colonel Asedri Anguy Jhon, du sous-lieutenant Akwa et du sergent Ilunga risque de raviver davantage la colère au sein de l’armée congolaise et des communautés locales, déjà profondément marquées par les violences répétées dans le Nord-Kivu.
Alors que les appels à des enquêtes indépendantes se multiplient, cette nouvelle exécution présumée relance une fois de plus le débat sur l’impunité des groupes armés opérant dans l’Est de la RDC. À Kiseguro, la peur domine encore, mais derrière le silence imposé par les armes, beaucoup parlent déjà d’un massacre de trop.
Maxime MBUMBA









