Le climat politique au Kasaï-Oriental continue d’osciller entre réconciliation de façade et profondes fractures internes. Alors que l’Assemblée provinciale a réussi, ce jeudi 21 mai, à rapprocher le gouverneur Jean-Paul Mbwebwa Kapo et son vice Augustin Kayembe Mulemene, une nouvelle tempête politique s’est immédiatement invitée dans le débat public avec l’appel à la démission lancé contre le vice-gouverneur par l’UDPS fédération de Mbuji-Mayi.
La médiation conduite par le président de l’Assemblée provinciale Willy Muya Mukendi avait pourtant laissé entrevoir un début d’apaisement. Réunis dans la salle des conférences de l’organe délibérant, les deux responsables provinciaux ont affiché des signes de réconciliation devant plusieurs membres du bureau de l’Assemblée ainsi que des représentants du Conseil provincial de sécurité.
Accolades, poignées de main et sourires ont symbolisé une volonté affichée de tourner la page des tensions qui, depuis plusieurs semaines, alimentaient les spéculations sur une crise ouverte au sein de l’exécutif provincial.
Mais cette accalmie n’aura été que de courte durée
Quelques heures seulement après cette rencontre, l’UDPS fédération de Mbuji-Mayi a publiquement durci le ton contre le vice-gouverneur Augustin Kayembe Mulemene à travers une lettre ouverte particulièrement sévère. Le parti présidentiel lui reproche notamment une attitude « belliqueuse », des actes d’insubordination administrative ainsi qu’une mauvaise interprétation de ses prérogatives institutionnelles.

Dans cette correspondance, le parti accuse également le vice-gouverneur d’avoir agi « en électron libre » durant la période où il assurait l’intérim à la tête de la province pendant les ennuis judiciaires du gouverneur. Des accusations de détournement présumé des primes liées aux épreuves certificatives de l’année scolaire 2024-2025 sont également évoquées, sans qu’aucune décision judiciaire n’ait, à ce stade, confirmé ces allégations.
L’UDPS va plus loin en exigeant purement et simplement la démission d’Augustin Kayembe Mulemene et appelle, en cas de refus, l’Assemblée provinciale à envisager sa déchéance pour « insubordination ».
Au-delà des rivalités personnelles et politiques, cette crise révèle surtout les fragilités persistantes de la gouvernance au Kasaï-Oriental. Depuis plusieurs mois, la province semble davantage absorbée par des querelles internes, des luttes d’influence et des règlements de comptes politiques que par les véritables priorités de la population.

Pendant que les tensions s’accumulent au sommet de l’exécutif provincial, les défis sociaux et économiques demeurent entiers : routes délabrées, insuffisance des infrastructures sanitaires, chômage des jeunes, difficultés d’accès à l’eau et à l’électricité, sans oublier les attentes immenses des habitants en matière de développement.
Pour plusieurs observateurs, ces conflits récurrents donnent l’image d’une classe politique plus préoccupée par la conservation du pouvoir et les équilibres internes que par la gestion des urgences de la province. Cette instabilité institutionnelle risque également d’affaiblir davantage la crédibilité des autorités provinciales auprès de la population déjà confrontée à une profonde précarité.
La réconciliation orchestrée par l’Assemblée provinciale apparaît ainsi comme un premier pas symbolique, mais insuffisant pour dissiper les tensions de fond. Car derrière les sourires affichés publiquement subsistent des fractures politiques profondes qui continuent de paralyser l’action gouvernementale.
Au Kasaï-Oriental, beaucoup redoutent désormais que ces guerres internes ne finissent par coûter plus cher à la province que les oppositions politiques elles-mêmes. Car lorsqu’un exécutif passe plus de temps à régler ses conflits qu’à gouverner, c’est toute une population qui paie le prix de l’immobilisme.
Maxime MBUMBA









