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Relance de TRANSCO au Kasaï-Oriental : les doutes persistent

Alors que les autorités locales évoquent une relance prochaine de l’agence régionale de TRANSCO, le terrain révèle une réalité bien plus sombre. Faute de vision, de moyens et de gouvernance, le service public de transport s’effondre dans l’indifférence générale.

À Mbuji-Mayi, l’annonce récente d’un redémarrage des activités de TRANSCO avait suscité un regain d’espoir. Des responsables promettaient un retour progressif des bus sur les routes, et la population, lasse de longues années d’attente, espérait enfin voir renaître un service public vital. Pourtant, à y regarder de plus près, cette promesse ressemble davantage à une illusion qu’à un projet structuré.

Lancée avec cinq véhicules censés desservir les principales lignes interurbaines du Kasaï-Oriental, l’agence de TRANSCO fonctionne aujourd’hui à peine. Deux bus, en très mauvais état, continuent de rouler tant bien que mal. Les autres sont immobilisés, victimes de pannes multiples, d’un manque d’entretien et d’une absence totale de pièces de rechange. Il n’existe aucun atelier technique digne de ce nom pour assurer le suivi mécanique, et les chauffeurs doivent souvent improviser avec les moyens du bord. « Ces bus sont fatigués, ils ne tiennent plus la route. On risque l’accident à tout moment », confie un agent sous couvert d’anonymat.

Au-delà des problèmes matériels, c’est l’ensemble du système de gestion qui semble à bout de souffle. Des sources internes dénoncent des pratiques arbitraires : sanctions sans justification, gestion désordonnée des ressources, opacité autour des recettes journalières et absence totale de plan d’investissement. Des retenues illégales sur les salaires du personnel auraient même été constatées par plusieurs employés, sans qu’aucune explication ne leur soit donnée. L’environnement de travail s’en trouve profondément affecté. Le personnel est démotivé, les tensions sont vives, et l’encadrement brille par son absence. Le climat interne se détériore dans l’indifférence des autorités de tutelle.

La ligne Mwene-Ditu – Mbuji-Mayi, qui reste l’un des rares itinéraires encore couverts, est elle aussi affectée par des irrégularités flagrantes. Plusieurs passagers témoignent d’une surfacturation systématique : des montants additionnels allant jusqu’à 4 000 FC seraient exigés en dehors du tarif officiel. Aucune quittance n’est délivrée pour ces frais « supplémentaires », qui échappent à tout contrôle. « C’est devenu un système parallèle. On paie plus, sans savoir où va l’argent », regrette un usager régulier.

À l’heure où l’on parle de relance, aucune mesure concrète n’a encore été prise. Aucun plan de redressement, aucun audit, aucun engagement budgétaire. Le discours officiel s’appuie sur des effets d’annonce, sans s’attaquer aux causes profondes de l’échec. TRANSCO ne souffre pas seulement d’un déficit de matériel. Elle souffre d’une faillite de gouvernance, d’un manque de volonté politique, et d’une absence d’écoute des réalités locales. Tant que ces problèmes structurels ne seront pas résolus, toute tentative de relance sera vouée à l’échec.

Une série d’enquêtes est en préparation pour documenter les multiples facettes de cette crise : responsabilités institutionnelles, dérives locales, besoins des usagers et pistes de solution. Car il ne s’agit pas seulement de dénoncer. Il s’agit aussi de proposer.

Redresser le transport public au Kasaï-Oriental est encore possible. Mais cela exige des décisions fortes : transparence financière, audit indépendant, restructuration de la direction, et dialogue avec les acteurs de terrain. Le transport n’est pas un luxe. C’est une nécessité. Et dans une province enclavée, c’est un outil de survie. La population attend plus que des promesses. Elle attend des actes. Avant que ne se referme définitivement la dernière porte de sortie.

Félix Ilunga

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